Censure en Chine à l’encontre de Siné en 1965

Quand j’ai été en Chine en 1965 dans le transibérien et mon wagon : Siné. J’avais bien sûr entendu parler de lui, il était déjà célèbre en France. J’étais timide à l’époque, mais nous allions dans son compartiment échanger, ou se retrouver au wagon restaurant essayer la nouvelle bouffe du jour de la contrée traversée, dont du lait de jument que je n’essayai plus jamais : infecte pour notre palais. Mais il y avait mieux à se mettre sous la dent : du caviar, de la vodka,Durant tout le voyage il cherchait quel genre de dessin il allait faire sur le thème de la Chine. A l’époque il dessinait des chats.Enfin, un matin à Pekin au levé il nous informa de sa trouvaille : un chat allait, dans une bulle, dire : « mao ». Il envoya donc à ses copains en France ce dessin sur une carte postale. On n’y pensa plus.Quelques jours plus tard, au rendez-vous du matin pour monter dans le car qui nous amenait voir : une usine, un hopital, une commune populaire… pas de Siné. Où est Siné ? Pas dans sa chambre non plus. A-t-il été faire un tour dans la ville sans chaperon ? Il en était bien capable ; à l’époque aucun touriste ne pouvait se balader seul, sans « guide », interprète, contrôleur politique. On oublia Siné, et on fit notre journée de visite.Pas de Siné non plus au repas du soir, non commença à s’inquiéter, mais quelles questions se poser ? Que pouvait-il avoir passé par la tête de Siné toujours ailleurs, farfelu, rigolard, toujours prêt à sortir du chemin conforme.Au rendez-vous du lendemain matin : Siné. Ah nous étions contents, il était entier, en bonne santé, debout avec nous devant l’ascenseur, rigolard mais muet. Il ne dit rien, nous n’étions pas seuls, l’interprète n’était pas loin.On ne sut que quelques heures plus tard, hors d’oreilles indiscrétes. Il avait subi un interrogatoire en bonne et du forme 48 heures durant.Une carte avait été intercepté par un postier zélé, qui devait lire et comprendre nos caractères latin en français, postier qui, voyant l’outrage fait à Mao avait aussitôt arrêté l’objet de l’infamie et fait suivre celui-ci direction un responsable politique. De ce pas Siné avait été prié de s’expliquer, entouré des amabilités de plusieurs directeurs politiques, malgré tout bienveillants, mais qui ne l’entendaient pas de la même oreille que nous, de l’humour sur Mao ? vous ne l’imaginez pas, c’était une insulte faite au grand Timonier.Il nous raconta tout ça en riant, mais quelques détails nous fit comprendre qu’ils avaient tous ensemble parler théorie Marxiste-Leniniste sans dormir, se relayant à son « chevet ». Finalement cela se termina pacifiquement puisqu’il réintégra les rangs du groupe.Sans blague ? et maintenant il est censuré et vidé par Monsieur Val ? dans Charlie Hebdo ? c’est incroyable, et pire qu’en Chine. Je vous le disais bien dans un article précédent et notre censure à nous ?

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