Depuis 68 : la virginité, le divorce

C’est un petit rappel de mœurs qui ont changé depuis 68 ! c’est le premier il y en aura d’autres.

Dans les années 50/60 je ne disais jamais ce verbe sans l’accompagner de « beaucoup ». Mes amies non plus d’ailleurs. C’est donc un assemblage des plus curieux où l’adverbe beaucoup, qui d’habitude augmente une condition, dans ce cas le diminue. Vérifions :

J’aime beaucoup les fleurs,

Il y a beaucoup de fleurs.

Il reste beaucoup trop de lait dans ce bol,

Cet enfant a beaucoup grandi.

Il est évident que si l’on enlève beaucoup tout est diminué. L’enfant a simplement grandi, il n’y a que des fleurs et quant au lait..

alors il est des plus curieux que par pudeur nous rajoutions beaucoup après aimer. Nous nous posions mutuellement la question :

  • as-tu déjà dit « je t’aime »- non !, répondais l’interlocutrice, presque choquée d’une telle question.

C’était magique. Magique de dire un jour simplement « je t’aime » à quelqu’un. Dans les films et téléfilms on voit sans cesse des parents dire « je t’aime » à leurs enfants. Cette mode a l’air de nous venir des États-Unis. Cette coutume est-elle rattachée à la religion protestante ? Est-elle récente ? Impossible de répondre à ces questions. Je ne crois pas avoir lu non plus dans Freud qu’il faille dire « je t’aime » à notre entourage. C’est une question dont je n’ai jamais discuté avec la génération des 18/30 ans d’aujourd’hui. En tout cas je les ai entendu dire de leur copain/e « je l’aime » relativement naturellement et avec aisance. C’était quelque chose de totalement inconcevable à cette époque. Ce verbe avec le temps aurait-il perdu son auréole d’exception ? Car il était aussi convenu que si nous ne le disions pas c’est qu‘il n’existait qu’une personne par vie à laquelle un tel verbe puisse être adressé. Là aussi ce cas à l’air totalement passé de mode. Il est admis couramment de nos jours que l’on puisse aimer plusieurs personnes dans une vie.

A cette époque également le divorce était la pire des choses qui puissent arriver dans une vie. La religion catholique avait toute sa vigueur, et en excommuniant les divorcé(e)s elle les condamnait à rester hors de la société. Et bien évidemment une femme (tout au moins dans le milieu dans lequel j’évoluais) ne connaissait qu’un homme « bibliquement » dans sa vie. Il en existe encore de nos jours, mais elles se font des plus rares.Il était dit par les mères des garçons « rentrés vos poules, je sors mon coq ». Cette expression peut paraître vulgaire. Ce n’était pas le cas : cette phrase est très caractéristique de l’esprit de l’époque.J’ai écrit plus haut « bibliquement ». C’était une expression employée pour dire : coucher, faire l’amour, ces dernières expressions ne sont devenues courantes que dans les années 70. Il était entendu que les filles se mariaient vierges. Il était entendu que les hommes étaient eux sensés avoir eu des expériences avant le mariage. Pas toujours : mes parents se marièrent vierges tous deux, ma sœur qui n’a que dix ans de plus que moi fut également dans ce cas, les dix ans qui nous séparent sont comme une génération pour tout notre mode de pensée.

L’évolution ne se fit pas en mai 68 ! mais bien avant et peu à peu. Elle commença dans les années 50 avec le rock de Bill Haley et d’Elvis Presley. Les sentiments et les mœurs forment un tout. On peut y mettre une réserve dans le fait que dans la vie on peut faire l’amour avec quelqu’un pour lequel on n’a aucun sentiment, à l’époque il n’était même pas besoin de l’évoquer. Nous disions durant les années 70 que nous les femmes vivions dans des mœurs du 19ème siècle, siècle pudibond par ses mœurs bourgeois. Les siècles précédents étaient plus libéraux pour les femmes. Quel chemin parcouru !…

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