Suite de 2… Plus aucun revenu depuis octobre 98, plus aucune réserves, des factures impayées, des prélèvements impayés, des découverts qui s’aggravaient. Telle était ma situation vers mars 1999.
Un ami qui était en cours de disparaitre de mon horizon pour définitif, me conseilla d’aller faire la demande de RMI auprès d’une assistance sociale. Je criais, je pleurais, c’était la honte, le renoncement à mon autonomie, ma tombée dans une dépendance : je ne voulais pas. Il me convainquit au bout de biens des jours. Je pris un rendez-vous avec l’assistance sociale, armée des relevés bancaires, des dettes, des emprunts… enfin tout.
Elle consulta tout ça et me dit :
NON. Je ne ferai pas de demande de RMI pour vous parce que vous avez été commerçante et que vous cachez de l’argent. Dites moi combien vous avez de côté ? Allez dites moi…
C’était un vrai interrogatoire. Devant moi une assistance sociale qui voulait me faire avouer… quoi ? ma misère ? (Ah les fonctionnaires. Me demandez pas de les aimer ni de compatir pour eux, tant de fois je vécus des réflexions aussi bêtes et dangereuses de leur part). Je tombais en pleurs et cris. J’expliquais mes comptes bancaires béants de découverts et d’impayés, mes factures impayées, mes emprunts impayés. NON, elle ne voulait rien entendre. Comment une femme travaillant dans le social n’identifiait-elle pas la détresse d’une femme de 57 ans ?
Malgré tout, je me dis en revenant chez moi que je m’étais mal expliqué, que je devais y retourner. Je le fis 2 autres fois. Chaque fois la honte, la perte de ma dignité, seul bien qui me restait, on ne fait pas ça aux gens dans la détresse. Je fis aussi des démarches vers ses supérieurs sans plus de succès : c’était à elle de décider, elle savait…
Il se trouva aussi que dans le même temps la Sécurité Sociale perdit mon dossier. 40 ans de cotisations. Recherche à Nantes se fit. Rien. Inconnue des services de la Sécurité Sociale. Conséquence : plus aucune couverture maladie. La CMU verra le jour l’année 2000, et pour moi en avril seulement, ces 4 mois furent longs, plus d’un an au total sans couverture maladie.
Dans le même temps un médecin généralise, qui lui vit mon état mental, me prescrivit des antidépresseurs. La Croix Rouge me les délivra gratuitement chaque mois. Je restai sous antidépresseurs jusqu’au printemps 2008. Les essais d’arrêts n’étant pas concluant durant toute cette période. Quelque chose avait cassé en moi. Il me faudra toutes ces années pour le réparer.
Mais je n’en avais pas fini avec ma manière de me battre encore et toujours. Car pour moi la dépression n’est pas de rester toute une journée abattue dans un fauteuil. Pour moi la dépression c’est le contraire : une suractivité. Bien que tout mon corps pesait des tonnes à chaque soulèvement. Ma volonté n’en n’étais que décuplée. Je voulais m’en sortir.

Dans le même temps je commençais à aborder des SDF dans les rues. Je parlais avec eux. Je fis ça des années. Ils me furent extrêmement utiles : ils me servaient de repoussoir. Ils me donnaient des conseils, me mettaient en garde : une femme de mon âge meurt dans les six mois dans les rues. JAMAIS MOI JE NE TOMBERAI AINSI. Par contre ceux qui, dans les rues, m’abordaient pour me demander du fric je leur gueulais après, je montrais le mépris que j’avais pour eux. Ça, je le fis au moins 10 ans. Ce n’est que depuis peu que je suis moins agressive avec eux, que j’arrive à tourner la tête sans rien dire… sinon je ne sais quelle insulte et mépris je leur enverrais dans la figure.
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La photo, magnifique et glaçante, vient de là