Les médecins n’aiment pas qu’on suive une autre route, j’ai mauvaise réputation

En février, n’étant pas sortie de France depuis plusieurs mois et le temps étant particulièrement agréable, je décide de partir pour Biarritz en Auberge de jeunesse. Je réserve une chambre pour 1 semaine. Dès le premier soir je m’aperçois que j’ai oublié les anxiolytiques qui me permettent de dormir depuis de longues années (2). J’allais par des routes buissonnières, évitant les voies rapides, le paysage étant plus agréable. Je dors 2 ou 3 heures. Je me demande si je ne dois pas rebrousser chemin… mais je continue prenant tellement d’agrément à la promenade.

Cependant, ne pas dormir est épuisant. Au bout d’une semaine n’avançant plus qu’à reculons et devenant dangereuse pour moi et d’autres je décide de consulter ; un médecin de ville étant improbable je vais dans le service des urgences de la petite ville où je me trouve. J’ai beaucoup de mal à m’exprimer normalement, mon esprit est lent. On me questionne, on me fait des analyses, tout est normal (sf tension à 21), mais on me dit qu’il faut que je vois un psychiatre. Voici succinctement « l’échange » :

– que faites-vous ici puisque vous habitez à x ? (400 km du lieu)

– … je me promène (ça démarre mal, j’essayerai de lui expliquer qu’en général je vais bien plus loin)

– la blessure que vous avez au doigt comment vous l’êtes-vous faite ?

– ………… ???? (j’entends bien qu’il pense que je me la suis faite exprès)

– vous avez beaucoup de sautes d’humeur ?

– … ???? (d’où tire-t-il que j’ai des sautes d’humeur « anormales » ?)

– vous avez eu beaucoup de dépressions dans votre vie ? et vous avez fait des achats inconsidérés ? Vous êtes maniaco-dépréssive. Vous pouvez venir demain pour une hospitalisation pour observation…

Je rigole. Pour les non initiés maniaco-dépressive est une psychose. Une psychose se déclare (on dit aussi décompense) vers l’adolescence ou vers 40 ans ; à 70 ans, de plus ayant suivie une analyse, le corps médical aurait largement eu le temps et l’occasion de me diagnostiquer. Sur le moment je le prends par dessus la jambe, me disant que ce n’est qu’un psychiatre de passage qui s’égare, et lui donne, sur demande, le téléphone de mon généraliste, sûre que celui-ci… Malgré tout en rentrant je téléphone à l’hôpital de jour de mon département, leur raconte l’histoire, ils me répondent (sans doute aucunement alarmé) qu’ils me rappelleront un jour… qui fut jamais.

Je vais consulter mon généraliste qui veut me changer mon « endormissoir ». Je me demande pourquoi vu que je n’ai ressenti comme symptôme de manque que de ne pas dormir. Dans ces cas-là je demande toujours si un malade du coeur ou un diabétique devrait lui aussi s’habituer à ne rien prendre ? Il me dit de ne pas lire la notice, évidemment non seulement je me doute de ce qu’il me prescrit, mais j’ouvre la notice en sortant de chez le pharmacien : antipsychotique. Je suis outrée, révoltée, en colère et décide de ne pas le prendre, mais je n’ai plus rien d’autre pour dormir… je me décide à essayer. Le lendemain je suis dans le coltar jusque dans l’après-midi et encore en ayant bu des tas de cafés, c’est bien une camisole chimique qu’on veut me mettre.

Je rappelle le médecin qui me prescrit le même en gouttes, vu que je prenais 1/2 comprimé qu’on ne peut couper davantage, et je prends la valeur de la moitié de cette dose. Je le prends 2 semaines, pour voir, et sans trop de choix. Au fil du temps m’arrivent des pulsions sexuelles, des oublis de mots, des effets de manque incompréhensibles. Je retourne le voir, il refuse de changer et surtout de me re-prescrire le médicament qui me convenait si bien depuis de nombreuses années sans augmentation de la dose au fil des années. Je lui demande de consulter un psychiatre.

… j’abrège… le psychiatre me fait raconter ma vie, ce que je fais succinctement n’ayant pas une vie ordinaire. Lassé au bout d’un quart d’heure, il me demande :

– mais vos hospitalisations ?

– … (là je le regarde il me semble la bouche ouverte, déconcertée, n’ayant rien à lui répondre, et je comprends tout, il est bien prévenu…)

– malgré tout je veux vous revoir la semaine prochaine…

… 7 jours plus tard je me rends à son cabinet qui me demande 1 heure de route allée, personne, j’avais 5 mn de retard. Une voisine m’ouvre la porte de l’immeuble… porte close de son cabinet.

Dans une colère qui finalement a commencé 1 mois 1/2 plus tôt, je me décide à le rappeler, peut-être avait-il une bonne excuse ? Au téléphone il s’excuse… trop tard… je lui dis qu’ils ont tous porté non un diagnostique mais un jugement de valeur sur ma vie, que je vais changer de généraliste, et que mes instabilités, encore une fois, sont pour ma sauvegarde…

Alors le pourquoi j’aurais mis du temps à l’expliquer toute à mes émotions, faisant au cours des jours un retour sur toute ma vie et mon comportement, n’ayant rien d’excentrique dans mon comportement quotidien. C’est dans une brocante hier que je me suis rendu compte que les femmes qui m’environnent ici ont bien 20 ou 30 kg de plus que moi (3), sont habillées de couleurs incertaines, sont des paysannes, qui elles sont attachées (au sens propre) sur leur terre, sans mouvement aucun, alors moi qui me permet à 70 ans bientôt de me promener en voiture à travers la France ou le monde je suis vraiment bizarre, il faudrait m’enfermer pour me mettre dans les normes qui sont les leurs…

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xm4vd_la-mauvaise-reputation_music[/dailymotion]

—————————

(1) Avant d’écrire sur ce sujet il a d’abord fallu que mon émotion retombe, que je redevienne objective et que des solutions apparaissent – ce qui fera l’objet d’un autre billet. Ce matin j’ai enfin trouvé la réponse à la question qui me tenaille depuis février : pourquoi ? parce qu’ils vivent à la campagne, leurs patients sont des paysans tenus au sol par la force des choses.

(2) n’être pas dans la norme et inventer sa vie sans cesse procure quelques angoisses, modérées… l’histoire le confirme

(3) et pourtant je ne suis pas particulièrement mince

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.