Ceci est du copier/coller depuis le site de Michel Onfray, mais je me sens tellement en accord avec lui !
« Je me suis fait récemment alpaguer par un internaute qui me reprochait de l’avoir insulté sur un commentaire du blog que je tiens sur le site du Nouvel observateur le temps des présidentielles… Cette réponse rédigée avec grossièreté et vulgarité était signée de mon nom ! Or, je ne lis pas les commentaires et leur répond donc encore moins, car j’ai pu mesurer dès les premiers commentaires postés à propos de mes premiers messages combien la haine y circulait, et quelle place y tenaient les passions tristes – envie, jalousie, mépris, ressentiment …- sous couvert du pseudonyme et de l’anonymat permis par internet. Je ne lis ni ne réponds aux lettres anonymes.
Je tiens internet pour la meilleure mais surtout la pire des choses. La meilleure quand, temps en temps, on y trouve des sources inédites, des informations rares. Mais la pire quand, la plupart du temps, le moins intéressant de l’humanité s’y ébat sous couvert de liberté alors qu’il ne s’agit que de licence, la licence étant le moteur des micro fascismes post-modernes – dont celui qui infecte internet .
J’en veux pour preuve les blogs, les sites, les chats où, sous prétexte de liberté, la haine côtoie la vérité, le mensonge la diffamation, le souci de véracité la calomnie, le discours du nazi jouxte celui du déporté, la prose du négationniste cohabite avec le récit de l’ancien déporté, la justification du violeur d’enfant précède l’intervention de l’association protectrice des victimes de pédophilie, le site du chercheur modeste, discret, sincère, suit celui du raté refusé par tous les éditeurs qui ne s’autorise que de lui-même et fait circuler des contre vérités amplifiées par le débit formidable du net qui décuple immédiatement sa bêtise sur une surface planétaire.
Qui peut faire la différence entre vérités et falsifications ? Sinon celui qui sait déjà, autrement dit la personne ayant bénéficié d’une éducation de papier, appuyée sur des ouvrages publiés chez des éditeurs sérieux qui garantissent la scientificité des propos tenus ? Pour l’instant, une poignée le peut encore. Mais quid de la génération d’étudiants qui rédigent ses devoirs avec internet et dont les copies sont corrigées par des enseignants qui préparent leurs cours avec un même instrument si peu fiable ?
Nous allons vers une société égyptienne avec d’un côté une poignée infime de scribes qui sauront lire et écrire et de l’autre des milliards d’hommes et de femmes illettrés, certes, mais greffés sur Internet comme à une prothèse fondue dans la chair de leur âme. Le pouvoir sera entre les mains des scribes facile à circonscrire parce que rares. Probablement, la liberté et la vérité seront devenues des mots et des concepts qu’alors presque plus personne ne comprendra. Rendez-vous dans mille ans…«