LOPSSI 2, WikiLeaks et le déni de démocratie sur le net

C’est un peu comme si, à la fin du XIXe siècle, (…) on donnait à la police, au prétexte de dangers pour la morale publique, l’entier pouvoir d’empêcher la diffusion de tel ou tel journal, de façon discrétionnaire. Les plus démocrates de nos républicains d’alors auraient évidemment crié au déni de droit, estimant à raison qu’une telle interdiction de fait était contraire à l’État de droit et qu’une décision de cette gravité ne pouvait intervenir qu’à l’issue d’un débat contradictoire devant une instance judiciaire. (…) certainement pas la police seule (…) c’eût été le retour à une censure préalable digne de l’Ancien Régime, c’est-à-dire le retour à un État d’exception!

Nous voilà dans le déni de la séparation des pouvoirs dont je rappelais les principes ici au sujet d’Hortefeux.

C’est donc ce qui nous arrive en ce début du XXIe siècle: face à la vitalité démocratique d’Internet, l’actuelle majorité de droite (mais elle compte certains alliés à gauche dont les silences ou les prudences sont bavards) instaure un contrôle policier discrétionnaire qui permet à l’État d’empiéter sur une liberté fondamentale.

Nous remarquerons avec une agréable surprise que WikiLeaks est bien hébergé chez OVHl’hébergeur de ce site – en France.

Au début de l’automne 2010 (…) ordre du jour des débats (…) par Nicolas Sarkozy: les flux migratoires et Internet. D’un côté donc, la circulation des hommes et, de l’autre, celle des idées, des opinions et des informations. Cet ordre du jour (car l’on pourrait en proposer bien d’autres dont les mots d’égalité, de solidarité, de justice, de fraternité, de liberté, etc., seraient les inspirateurs) était en lui-même tout un programme, comme l’aveu d’une double peur, celle des hommes et des idées qui marchent ensemble, bougent, se déplacent, circulent, se mêlent, etc.

Nicolas Sarkozy nous avait parlé « de bâtir un Internet civilisé » projet pour la France mais aussi pour le G8.

ce qui suppose qu’y règnent des barbares sans contrôles qu’il faudrait donc amener, y compris par la contrainte, à une civilisation supérieure.(…) dans l’affolement qui gagne nos puissants (avec aussi bien la politique que l’argent comme moteurs de leur domination) face à l’indocilité bravache, confuse et multiforme d’Internet, il y a cette idée qu’ils seraient à bon droit les détenteurs de principes supérieurs face à des populations inférieures et qu’il leur reviendrait d’imposer cette civilisation installée aux nouveaux barbares qu’abrite et protège ce territoire inconnu et menaçant, le Net. Aussi est-il temps que nous autres, barbares, leur répondions, sans barguigner, solidairement et collectivement.

Dans son article il cite Montaigne qui se demandait, voyant le désastre de violence des guerres de religions, qui était barbare ? nous ou ceux que l’on nomme ainsi ?Il relie aussi la pensée de Hannah Arendt dans ses écrits : Les Origines du totalitarisme (1951) et Eichmann à Jérusalem (1963), et en dit

Nourrie d’un compagnonnage intime avec la vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, cette figure martyre d’une social-démocratie qui n’aurait pas désertée l’exigence sociale, la radicalité démocratique et la solidarité internationale, la pensée d’Hannah Arendt est une invite à tout reprendre par le début sans rien renoncer à ce que l’on fut. A travailler l’inquiétude pour construire l’espérance.

________________Tous ces extraits sont tirés d’un article d’Edwy Plenel dans Mediapart : En défense d’Internet et de WikiLeaks (1): nous autres, barbares… ; les coupures (…) sont de moi et n’entament en rien le sens général du texte.

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