Hier soir, valse hésitation pour le choix du programme télé à regarder : la 7 Jean Moulin incarné par Berling, un des grands acteurs de sa génération et qui en plus reste des plus modestes, la 3 Faut pas rêver au programme le Vietnam ; cette dernière je ne la regarde que rarement car je la trouve un peu trop survolante, pour l’esthétique, j’ai peur qu’ils me défigurent l’image que j’ai gardé dans le coeur du Vietnam, la pub qu’ils en ont faite toute la semaine ne parlait que de rizières vertes, je connais, cela me vaut-il vraiment de tenter de gâcher une soirée rien que pour voir des paysages ? finalement j’opte pour cette dernière.Et je ne regrette pas. Ils ont très peu montrer le promis et ce fut tant mieux, la pub n’était que racoleuse, le reportage dura 2 heures durant lesquels je ne m’ennuyai pas une minute. Ils parlèrent des gens, de la pauvreté, de la vie, de la guerre restant en blessure dans les coeurs des femmes qui l’ont vécu 30 ans durant, souffrant en perdant des pères, maris, fils, frères, et aussi, ce à quoi je n’avais pas encore suffisamment pensé, dans leur corps par la dureté de la vie dans les rizières où elles faisaient tout à la main, courbées en deux, avec la peur au ventre des avions qu’on entend au loin et qui font courir vite vite dans un abri creusé à 25 m de profondeur, protégeant l’enfant le plus proche avec elles même s’il n’était pas le leur.Les femmes nourrissaient toute la nation, les hommes étaient au front, celui contre le Nord ou celui contre le Sud et les Américains ou les Français.La pauvreté dont ils ont abondamment parlé dans ce reportage, je la sentais. Ne parlant pas un mot de vietnamien ni eux de français, et de toute façon un pauvre d’aucun pays ne parle à un touriste blanc, forcément riche, qu’est-ce qu’ils pourraient bien se dire puisqu’ils sont de deux mondes si loin l’un de l’autre ; parle-t-on dans les rues des villes de France entre Français pauvre et non-pauvre ? non, on sait qu’on n’a rien à se dire.Cette pauvreté je la ressentais rien qu’en humant l’air. Les bateaux qui drainent le sable dans la rivière des parfums qui traverse la vallée des tombeaux des empereurs et la ville de Hué, je les voyaient, des femmes s’acharnaient sur des poulies qui me semblaient d’une lourdeur infinie, maintenant je sais qu’ils ont un revenu journalier de 3 €/jour pour nourrir toute la famille – 3 ou 4 générations ensemble – qui vit dans un sampang de 20 m². où ils travaillent aussi.Je ressentais que les harcèlements qui m’étaient insupportables étaient pour gratter quelques Euros qui leur permettraient de nourrir toute la famille.Vers la fin ils dirent enfin que le chômage est – comment le dirent-ils ? – important, touche beaucoup de gens, le chômage fait que… les gens font ceci ou cela pour se nourrir. Ce chômage un homme parlant français m’en avait parlé sous le feu de mes questions, à Da Lat.Mon blog fut censuré au Vietnam assez longtemps, il ne l’est plus, je le sais car des Vietnamiens viennent me lire, et je me demande si c’est d’avoir parler de la corruption ou de la pauvreté ?Je tiens à rajouter que le parti communiste, même s’il a d’énormes tords, organise assez bien la société dans ce qu’elle a de prioritaire : l’éducation, les grands travaux, la modernisation, la stimulation collective.Je voudrais dire aussi : par respect de l’autre je n’ai pas pris les photos qui montrent la pauvreté, je le regrette, pour mon prochain voyage, pour informer et revoir moi-même, je ne le referai plus. Aussi que la laideur qui envahit et qui m’étouffait, c’est la pauvreté qui la fait.Encore une chose : j’ai écrit à la femme de chambre à qui je l’avais promis, je lui ai aussi envoyé un DVD rempli de photos de France, de sa campagne et de ses vaches si différentes pour elle, de la neige – dont ils raffolent -, de Paris, et aussi de celles d’elle, de moi, de ses collègues de travail.