Dans sa livraison d’avril du Monde Diplomatique un article de Serge Halimi fait le point sur les rapports de force en présence concernant les politiques économiques en Europe et s’interroge sur ce que fera Hollande.
Ce dernier promet de renégocier le TSCG (1) et le MES (2), Halimi nous démontre en prenant des exemples du passé de Jospin (3) qu’il ne fut qu’un enfumage sur les non-réalisations de promesses de renégocier le traité d’Amsterdam.
Plus sévère encore que Halimi je constate que déjà c’est mal parti puisque le PS s’est abstenu sur le MES, personne ne les empêchaient s’ils étaient francs du bonnet de voter NON. Cela augure mal du futur.
Le projet entériné par Merkozy est de durcir les politiques de rigueur. Peut-être que Merkel a laissé une fenêtre de souffle (4) juste pour adoucir le peuple français durant la campagne présidentielle 2012, vous remarquerez qu’à ce jour le problème est peu abordé par les uns les autres, l’évènement de Toulouse contribuant à détourner des vrais sujets.
Vous oubliez la Grèce ? mais doit suivre l’Espagne qui doit réduire d’1/3 son déficit, le Portugal aussi. Dans ces deux pays le chômage (22,8 % Esp) ou les taux d’intêret (14 % Port) explosent. Ce qui amène Halimi à écrire :
La stupidité des politiques actuelles n’est pourtant déconcertante que pour qui imagine encore qu’elles ont vocation à servir l’intérêt général, et pas l’oligarchie rentière accrochée aux manettes de l’Etat. Si la finance a un visage, c’est bien celui-là.
Il démontre ensuite que toute la politique générale dépend entièrement de la rediscussion des traités ou pas. Cependant Halimi cite aussi Mélenchon :
Aucune politique de gauche n’est possible dans le cadre de ces traités.
C’est donc sans appel. C’est aussi la position des trotskistes et des Verts. Et de citer Mario Draghi, ex président de Goldman Sachs et actuel président de la BCE :
Les Européens ne sont pas assez riches pour payer tout le monde à ne pas travailler
C’est une petite musique que nous envoie souvent Sarkozy ces temps-ci. D’ailleurs je vous rappelle à cette occasion que les paresseux ont augmenté de 0,5 % le mois dernier.
Donc sans renégociation de ces traités point de politique générale de gauche : éducation, services publics, justice fiscale, emploi. Adieu les belles paroles ou promesses. Que du vent.
D’autant que l’orientation politique des gouvernements européens sont non de centre gauche mais conservateurs et convaincus des bienfaits du libéralisme. Ce qu’ils attendent tous de Hollande c’est qu’il mène une politique plus libérale encore que Sarkozy. Le malheur c’est qu’il pourrait le faire sous une étiquette socialiste le peuple le supporterait. C’est ce que je démontre dans chacun de mes articles sur Hollande. C’est pourquoi je suis plus que jamais décidé à m’abstenir au second tour s’il y est en position d’être élu.
La croissance n’a pas le même contenu pour les uns et les autres.
(…) adoption de politiques thatchérienne baisse des impôts, déréglementation sociales et environnementales chez les uns, et investissement publics chez les autres (éducation, recherche, infrastructures). L’équivoque ne sera pas entretenue indéfiniment. Très vite il faudra envisager la « désobéissance européenne » que recommande M. Mélenchon.
Je rappelle ici que Hollande et Sarkozy ont soutenu les mêmes traités européens de Maastricht à Lisbonne, qu’ils continuent tous deux de soutenir des réductions draconiennes des déficits publics, ils récusent tous deux le protectionnisme, ils attendent tout de la croissance, Hollande continuera l’intégration dans l’OTAN.
__________
(1) Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance
(2) Mécanisme européen de stabilité
(3) 1er ministre en juin 1997 jusqu’en 2002
(4) en laissant la BCE prêter aux banques qui reprêtent aux états à des taux usuraires