C’est une question que je me pose incessamment depuis quelque temps. Ma mère est née Italienne, par le plus grand des hasards à Thonon-les-Bains, ses parents venaient juste de passer la frontière. L’aîné était né en Italie, puis ma mère en France, puis 2 cadets à Lausanne, de retour sans doute sur leur chemin… malheureusement aucune transmission familiale sur les errements du couple, devenu famille, de pays en pays. À l’époque, en France, le droit du sang primait, le droit du sol n’est donc pas une tradition, c’était en 1909.
Années 50 ma mère perd sa carte d’identité. J’en ai gardé un souvenir vif. Affolement à la maison. On lui demande de prouver qu’elle n’a jamais refusé la nationalité française. Impossible de prouver une non-négation. D’après la loi elle était devenue française à son mariage à condition de ne l’avoir pas refusé. J’ai oublié comment elle s’y est prise, en tout cas elle a retrouvé sa nationalité…
Il se trouve que mon nom de famille, hérité de mon père, est d’origine flamande. Il était d’origine (1906) de Reims. Là vers la fin du moyen-âge un marché qui attirait des gens de partout en Europe, dont des Flamands. Sans doute qu’un jour ils ont trouvé un attrait suffisant à cette ville pour s’y fixer. Quand ? aucune idée. Mon père ne s’est jamais posé aucune question… aucune membre de la famille, sauf moi.
Ainsi donc je suis un mélange. Je suis sûre que la majorité des Français sont de même. En effet la géographie de la France n’a cessé de bouger au cours des siècles. Si vous avez quelques notions de l’Histoire de France vous le savez. Par contre beaucoup de nos « chefs » (présidents, députes, représentants de partis) n’en n’ont aucune notion. Oui je dis bien aucune notion.
Au cours des siècles nous avons ainsi assimilés, intégrés, enfin comme vous voulez, tout un tas de gens d’origines diverses. Du nord, de l’est, du sud. Espagnols, Niçois, Savoyards, Bourguignons, Flamands… impossible d’être exhaustifs ; il leur faut y rajouter tous ceux qui viennent de Pologne ou d’ailleurs depuis le 19ème pour travailler. La France avait besoin de bras pour son industrie au XIXè pour faire sa révolution industrielle. On dirait aussi que nos gouvernants, en insultant les gens « pas blancs » ou musulmans oublient totalement notre France d’outre-mer, Français depuis plusieurs siècles (La Réunion, La Martinique, la Guadeloupe), soit bien avant Nice ou la Savoie.
Puis vinrent les décolonisations. Quand elles étaient du Vietnam… c’était un peu loin pour venir travailler en France, mais depuis l’Afrique il suffisait de traverser la Méditerranée.
Se posa la question de la sexualité de ces hommes seuls. Je me souviens très bien des queues devant certains hôtels borgnes. C’était la prostitution la plus dégradante autant pour l’usager que pour les femmes qui y étaient contraintes. Le gouvernement pensa donc que pour y remédier il fallait faire venir les femmes… et donc des familles se construisirent.
Ils ont commis la faute de croire que la France était accueillante. Ils habitaient dans des conditions difficilement imaginables en France de nos jours : des bidonvilles. Un robinet pour des centaines de gens. De la boue à la moindre pluie, un froid effrayant l’hiver et une chaleur insupportable l’été.
Etait-ce une faute de nos gouvernements de l’époque ? Nous étions dans les Trente Glorieuses. Comment imaginer ce que serait l’économie 50 ans plus tard ? doivent-ils, maintenant « payer ».
Ils sont Français. Ils sont la 3ème génération. Ils ont été instruits par l’école de la République. Ils ont intégré les valeurs de la République. Est-ce leur faute si la République oublie ses valeurs ces temps-ci.
Du temps de mon enfance j’ai aussi le souvenir vif de dires de l’époque : « retournez dans votre pays » « macaroni » dits à propos de ma mère. Sans oublier que durant la guerre l’Italie étant alliée à l’Allemagne… jugée non sur sa personne, mais sur la politique de son pays.
À l’époque on ne prêtait aucune attention à ce que les Italiens, Portugais, Espagnols, Polonais étaient de culture catholique. Il était dit qu’ils n’avaient pas la même culture. Le racisme n’était pas interdit par la loi.
Moi je n’oublierai jamais. Ce n’est pas le cas de tous. J’ai entendu des Tunisiens d’origine dirent qu’il fallait arrêter l’immigration… ne supportant pas eux-mêmes les leurs.
… et donc depuis quand puis-je être sûre d’être une vraie Française ? je suis une 2ème génération. Le sentez-vous dans ma culture, dans mes dires/écrits sur ce blog ? Je me disais Italienne enfant, je le revendiquais, j’en étais fière. Et alors ?