Dans la grande ouverture de liberté des années 70 et du féminisme celui-ci s’accompagnait des homosexuel/le/s dans ses défilés en manif. C’est donc là que je commençais à me faire des amis homo-homme. J’y trouvais différents avantages : ils sont des hommes mais aucune ambiguïté sexuelle possible entre nous, et, souvent, une certaine fragilité peu habituelle chez un mec hétéro. Nous parlions de tout : sexualité (avec eux j’appris plein de choses sur les hommes), amours, séduction, politique (grand sujet de conversation quotidienne des années 70, nous refaisions le monde).
Ils me montrèrent leurs lieux de drague, dans des bosquets autour des Tuileries, sous des ponts qui sentaient la pisse, dans les bois de Vincennes. Tout ça m’ouvrit à des pratiques que je trouvais sordides, piteuses, désespérantes. Je préférais les boîtes de nuit spécialisées où ils m’emmenèrent aussi.
Les homos de l’époque avaient deux attitudes : se fondre anonymement, ou être tantouse. Pas d’entre deux. « Une » d’entre « elles » était un risque tout. Aucune protection. En Tunisie (qui n’était pas encore le lieu du tourisme de masse) l’hiver avec des +jeunes (ça frôlait la pédophilie, nous n’y pensions pas, j’en ai parlé dans un autre article au sujet de Cohn-Bendit). Il connaissait les risques. Je finis par le fuir de peur de le perdre. D’autres, beaucoup, moururent rapidement. Une hécatombe.
J’en connus aussi qui était séropositifs depuis le début. Porteur sain dit-on maintenant. Ils flippaient. Je connus d’autres morts rapides de mecs qui étaient quelques semaines auparavent en pleine forme.
Tout ça fit que je n’eus plus d’homo parmi mes amis. La plupart avait disparu. D’autre part les moeurs s’ouvrirent, ils eurent moins à se cacher ou à provoquer, ils devinrent plus naturels. Un quartier de Paris (Le Marais) devint le repair des homo-bourges.
Quant à moi, mes moeurs sexuels changèrent du tout au tout : soit je me fixais, soit je restais seule, les aventures étaient finies, définitivement. Cependant ma génération (née années 40/50) est la plus en danger depuis le début. Jamais la prévention ne nous a visé, c’est une erreur grave. Ce ne sont pas que les jeunes qui sont en danger en abordant leur sexualité. Nous c’était pire : nous avions connu la liberté, revenir en arrière est presque impossible. Mais je ne connais pas les pourcentage d’atteinte des « vieux ».