Avortements annees 1960 : la peur, les moyens, les ventres saccages

Suite de Rappel de la condition de la femme annees 1960 a ceux qui ont tout oublie : contraception, avortement, logementune jeune femme :

Je n’en peux plus, mademoiselle. Je voudrais etre deja une vieille femme pour n’avoir plus a craindre quand il me touche. Je l’aime toujours, mon mari, mais ca me serait bien egal, maintenant, qu’il me trompe avec n’importe quelle fille a bourrier, n’importe quelle Marie-couche-toi-la [1. expression employe pour designer les femmes « faciles » : une femme arrivait vierge a son mariage et ne connaissait qu’un homme dans sa vie]. J’accepterais tout, pourvu qu’il me laisse tranquille. A quoi ca me sert qu’il me prenne ? Chaque fois, j’ai tellement peur de tomber enceinte que je reste dans ses bras comme si j’etais un morceau de glace ou de bois. Apres, dans les moments ou j’attends mes regles, je guette…, je guette…, je ne peux pas penser a autre chose. J’ai des cauchemars ou je baigne dans du sang et, quand je me reveille : rien…

[…]Les docteurs tant que ce n’est pas commence ils ne peuvent rien. N’est-ce pas mademoiselle, qu’avant ils ne peuvent rien pour vous aider, qu’ils ne peuvent qu’apres ?

reflexions d’un medecin :

…tente avec des moyens aussi archaiques que les sauts repetes du haut d’une echelle, le petrissage du ventre, l’absorption de tisanes que se transmettent les commeres, avant d’en arriver – plus dangereusement – a la racine de persil, a la queue de lierre, a l’aiguille a tricoter ou a la tringle a rideaux…

…encore la vieille legende des curetages pratiques sans anesthesie pour decourager – ou pour punir – les avortees

une jeune femme en fin d’etudes de medecine :

Et moi qui, depuis mon adolescence, ai reve d’apprendre aux femmes a secouer leur esclavage, a disposer sans terreur de leur corps, moi qui ai reve de combattre la routine, la mauvaise foi, l’indifference, l’hypocrisie masculines, de clamer des verites que personne n’ose dire a haute voix, […] j’ai abouti a cette impasse lamentable, a ce ventre saccage, et sanglant, j’ai ete oblige de racler sous mes doigts, parmi les caillots, des debris putrefies, pour un avortement que je j’ai pas su prevenir ! Avant, helas ! je n’ai rien su faire et apres je puis si peu !

Vous, jeunes generations, filles ou garcons, vous ne savez pas, on ne vous a pas transmis, vous ne voulez pas savoir, ce que c’etait pour vos meres ou vos grands-meres encore en vie et qui se souviennent ce qu’elles ont vecu elles ou leurs amies, il n’y a pas si longtemps :

  • c’etait avant 1968 et jusqu’en 1974, on a fait de 1968 une legende fausse, pour les femmes il fallut attendre encore 6 ans.

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