Quand on croise quelqu’un dans tout un tas d’actes de la vie quotidienne : dans la rue, dans une queue à La Poste, devant un comptoir en face de soi, à l’école pour enseigner ou prendre ses enfants à la sortie, dans les allées d’une grande surface ou dans un magasin de proximité, on se fait une opinion – bonne ou fausse – rapide de la personne par son apparence générale corporel, mais ce qu’on cherche instinctivement c’est un regard, la physionomie du visage, l’émotion ou non y marquée, l’expression de ce visage va nous indiquer dans même pas la seconde si on a de la sympathie, de l’antipathie, si on se place dans la même famille de pensée ou de comportement.Tout être – être humain ou animal – a besoin, pour sa sauvegarde, de savoir s’il est en présence d’un ennemi ou d’un ami, s’il est en compétition ou rapport de force, en séduction, en échange, s’ils vont pouvoir coopérer dans le laps de temps, même très bref, que la vie leur donne à vivre ensemble.Les formes et couleurs vont donner un premier impact. Selon que la personne va avoir des couleurs et formes qui nous contentent, la sympathie agit d’instinct, à contrario une antipathie. Puis passé ce premier abord on va droit au visage, au regard : quelle expression vois-je là ? m’est-il hostile ou agréable ? sont les questions inconscientes qu’on se pose.La politesse aussi : on apprend à nos enfants à retirer un couvre-chef pour un garçon, à ne pas avoir les cheveux dans la figure pour une fille, à regarder les gens en face, à découvrir son visage pour s’adresser à tout autre, c’est une des primautés de notre éducation parce que notre civilisation nous y a accoutumée, voir l’autre, voir son regard, sa face est la primauté de la politesse et du respect.Aussi tout papier d’identité comporte une photo : passeport, carte d’identité, permis de conduire ; celle-ci a récemment trouvé des règles plus sévères pour la sécurité de l’état : voir le visage et les cheveux dans leur entier, une mèche ne doit pas déborder de la photo, les lunettes doivent être présentes si portées quotidiennement, visage de face, sans sourire de préférence.Il doit en être de même dans les rues : on a besoin de voir le regard, l’expression du visage dans son entier.Il est d’ailleurs évident que pour rendre quelqu’un anonyme – pour les enfants par exemple – dans un film, une vidéo, une photo, on floute les yeux en premier, voire le visage dans son entier : il s’agit bien de l’identité première de la personne, alors le cacher prête à méfiance, que cette personne veut-elle nous cacher de si grave ? est une question inconsciente non formulée, et cette personne finalement à quel sexe appartient-elle ? on ne le sait plus, sans sexe même peut-être, un troisième sexe serait né, nous aurions maintenant le sexe mâle, le sexe féminin et le sexe sans.L’aspect sans forme réelle que donne un tissu noir ou blanc qui enveloppe un corps, lui enlevant toute personnalité par cette forme enveloppante vague sans contours, est déstabilisant pour un Français ; depuis le Moyen-âge les vêtements ont chez nous une forme qui pour une femme serre la taille, fait ressortir la poitrine, donne une idée de la longueur des jambes ; dans la tradition que le Maghreb a gardé de l’Antiquité sans évolution réelle, la forme reste couverte dans son entier sans distinction des différentes parties du corps : nous, Français, en sommes un peu déstabilisé, à qui avons-nous à faire est la question qui nous taraude à laquelle nous ne pouvons répondre face à ces formes sans forme que l’on croise dans les rues des villages marocains (pas dans les villes comme Casa, Tanger).Aller et venir ainsi dans nos rues sans identité, sans sexe, caché, est du domaine de l’impolitesse, l’autre n’existe pas, je n’existe pas pour l’autre : non échange. C’est d’ailleurs ce qu’a employé Michael Jackson pour se cacher à Barhein.
- Et vraiment qu’est une civilisation où les femmes doivent se cacher pour éviter aux hommes d’être débordés par leurs pulsions ?
- Je me souviens : années 70 nous n’avions pas pris position contre l’excision par respect d’une tradition disions-nous… aveuglement, la dignité de la femme mérite l’égalité.