Je suis moi-même victime de cette propagande. Je viens de le découvrir dans le livre de Jacques Généreux (prof à Sciences Po ce qui me laisse perplexe) La Grande Régression dont je vous parlerai encore, car c’est un livre où je n’arrête pas de découvrir des points économiques et sociologiques qui me crèvent les yeux et que je ne vois pas.
Nous sommes dans l’idéologie de l’individualisme qui intègre l’indispensable liberté pour chacun d’agir ou d’être, alors que l’état serait là pour nous brimer de toutes les manières possibles, donc nous voulons le moins d’état possible. C’est une propagande qui est née dans les années 80 (1). Rappelez-vous que c’était la période de la grande victoire de Thatcher, Reagan, Blair. Nous l’entendions sans cesse à l’époque, et en étions choqués et surpris, entretemps chez nous aussi nous l’entendons tous les jours et y avons totalement adhéré (rappelez-vous Jospin ; que fait d’autre Sarkozy) :
N'attendez plus rien de cet état-nation qui a perdu tous ses pouvoirs hormis celui de taxer vos revenus et d'entraver votre liberté d'agir, et vous coute cher.
Pendant ce temps-là l’oligarchie néolibérale s’est approprié l’état pour qu’il en fasse à sa convenance et ses intérêts.
Jacques Généreux l’illustre ainsi. Un historien dans le futur observera notre société et dira :
Les intellectuels expliquaient que les états n’avaient plus de pouvoir, quand ceux-ci étaient en réalité au faîte de leur puissance ; les socialistes ne concevaient plus l’idée d’une alternative au capitalisme alors même que les trois quarts des entreprises n’étaient pas capitalistes ; la plupart des individus estimaient la compétition marchande nécessaire à la société, mais la bannissaient dans leurs propres relations sociales ; ils vouaient un culte à l’épanouissement individuel, mais ne s’épanouissaient vraiment que dans les espaces d’amitié fraternelle ou d’action collective fondée sur l’égalité, le partage et le don ; tous, en somme, honnissaient le communisme mais n’étaient heureux que sur dans les relations où ils le pratiquaient ; à la fin, plus personne ne votait, et pourtant c’étaient toujours des gouvernements élus qui faisaient les lois ! Ils semblaient ainsi avoir oublié tout ce qui, au moment même où ils l’oubliaient, soutenait encore leur vie et leur société. C’était comme si les piliers fondant leur civilisation avaient disparu dans leurs esprits, bien avant de s’effondrer dans la réalité. Il se pourrait bien alors que, dans ce cas, contrairement à ce que l’on avait constaté pour les civilisations précédentes, l’amnésie n’ait pas été la conséquence de l’effondrement, mais sa cause.
________________
(1) et s’est renforcée avec la chute de l’URSS, en oubliant totalement que cette chute fit le malheur des pauvres et créa l’immense richesse de l’oligarchie russe qui s’appropria tout tandis que les pauvres perdaient toutes leurs protections sociales.