J’ai aimé, j’aime, j’aimerai Mitterrand

Eh oui c’est sentimental. Alors comment expliquer rationnellement ce qui est du domaine du sentiment ?

Ce ne fut pas tout de suite. Et même durant les années 70, restant au PSU jusqu’à son élection, je n’avais que peu d’estime pour lui, sans plus. Sauf que je me souviens d’avoir vu un passage de meeting à la télé ? sur un film ? où je fus (très) sensible à sa qualité de tribun que je découvrais là, surprise, et émue.

Dans mon militantisme de l’époque j’avais peu de goût pour les personnes, plutôt pour les idées portées collectivement.

Il est bateau de dire que je pleurais devant mon écran télé le 10 mai 1981. Je me suis mise à avoir toute confiance en lui. Je ne vis le tournant de 83 que comme une raison, je compris plus tard, en fait très tard, en 2005. Mais ce n’est pas le sujet, je l’ai traité et le traiterai encore en « économie ». En mai 81 je sortis dans la rue et allai en cortège jusqu’à la Bastille, criant : « vote aux immigrés » … nous rêvions. J’eus la chance de travailler dans une bibliothèque le 21 mai, jour de son investiture, et je pus assister à la télé à cette marche vers le Panthéon, qui était magnifique, grandiose et populaire à la fois.

Mon attachement à sa personne se fit progressivement, et s’amplifia au fil du temps. D’abord par l’estime pour un chef d’état qui avait une autorité naturelle, quand il parlait à la télé ou la radio le ton était ferme, sans aucune agressivité, mais s’imposait d’office, calme.

Sa culture générale, son attachement à notre langue qu’il parlait parfaitement, son goût évident et constant pour la lecture, pour l’histoire, me fascinait, moi une autodidacte qui a toute ma vie essayé toujours et encore d’en savoir plus, d’en comprendre plus, jamais satisfaite…, il s’imposait à moi à chaque fois, il faisait honneur à ma nation, à ma langue à laquelle j’ai un attachement physique et moral, elle est la base de ma culture.


Quand il fut attaqué sur différents points politiques de sa vie, j’écoutais, peu surprise en fait, remettant les faits dans un contexte de la guerre de 40, des années d’occupation, d’une nation qui collabora de gré ou de force, qui se découvrit résistante en 44. Je repris notre Histoire à cette occasion, son histoire, le livre de Péan – que je lisais – me laissa indifférente : quoi ? qu’ont-ils tous à juger un homme, alors que tous à la même époque étaient pétinistes.

Par contre ses liaisons me dérangeaient, et sa deuxième famille me choqua… pas pour les moeurs, mais pour sa femme, ces femmes, je le vis comme une humiliation qui leur était faite à chacune. Les femmes qu’on cache, les femmes qu’on trompe me dérangent en tant que féministe.

Physiquement je trouvais et trouve qu’il s’est embelli, sa peau et ses traits affinés laissaient mieux voir la structure de son visage, il en imposait, naturellement, ses mimiques reproduites si bien par Balmer… enfin quoi j’aime tout de sa personne.

Tous les tenants du pouvoir, des médias, dans le parti socialiste actuel leur doivent tout. Où seraient-ils tous ? rien, personne. Malheureusement eux n’ont pas su, ne savent toujours pas, passer le relais aux générations suivantes ce qu’il a fait, lui.

Autrement dit à la vue, au vécu des présidents qui lui succédèrent (Chirac, bof Sarkozy) comment ne pas, rétrospectivement amplifier une figure qui eut un autre poids, qui honora notre nation au plan national autant qu’international, notre nation avait un poids dans le coeur des citoyens et dans le monde, et maintenant ?

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