Je me suis trop longtemps trompée dans mon jugement sur les Harkis

Hier soir nous avons eu droit à un excellent documentaire sur la 3 concernant les Harkis. Ce documentaire a commencé par décrire la situation culturelle où se trouvaient les paysans Algériens dans l’Algérie d’après la 2de guerre mondiale : société clanique (familles élargies, voisins qui se connaissent et se fréquentent), sans aucune notion de même une idée de nation Algérienne. La notion de Nation est moderne nous l’avons en France depuis en particulier quand elle fut en danger d’envahissement par les Prussiens durant la Révolution française.

Autrement dit, nous, colonialistes, parlions une langue – le français – qu’ils n’avaient aucun moyen de comprendre ; nous parlions depuis une culture de nation qui leur était totalement étrangère. Tout à coup le tournant de l’Histoire leur demandait de défendre cette nation Algérienne qui n’existait pas pour eux. Ils étaient des paysans qui n’avaient jamais vu de villes (même petites), élevaient des moutons, cultivaient leur terre et vivaient en autarcie très bien ainsi puisqu’ils n’avaient aucun moyen de comparaison par ignorance de toute autre forme de civilisation que la leur.

C’est dans ce contexte qu’ils ont été mis en situation d’avoir à choisir un camp, en particulier à partir du 1er novembre 1954. « Les fils de la Toussaint » étaient des gens cultivés des villes. Les paysans ont choisi un peu au hasard au début, le frère prenant parti pour ce qui s’appelera le FLN (Front de Libération National), le voisin pour la France… dont il ne connaissait que très peu de chose et surtout pas la langue, ni même des « Français » qui habitaient les villes et peu les campagnes.Au fil du temps la majorité des paysans d’Algérie, selon l’intimidation, l’avancée sur le territoire d’un camp ou de l’autre, s’alliait avec l’un ou l’autre.

La guerre d’Algérie dura longtemps : 8 ans c’est long. Je ne vais pas ici relater les événements qui firent progresser ou régresser un camp ou l’autre par intimidation, massacres, tortures, attentats, « villages » de regroupement encerclés de barbelés, orphelins, femmes seules, actions décidées depuis la France ou depuis l’Algérie.Puis nous, les Français, après avoir convaincu, par séductions et promesses diverses, des Algériens de nous faire confiance, les avons abandonnés de diverses manières :

  • par abandon sur place où ils se firent massacrés par ceux qui les dénommaient des traitres
  • par abandon sur le territoire de la France, où ils furent amenés par bateaux, où ils furent « installés » dans des camps de honte, car jugés par les Français comme des traitres là encore : nous avions la culture qui nous avait été faussement insufflée après la 2de guerre comme quoi les Français auraient été majoritairement des résistants, alors que ceux-ci ne furent qu’une infime minorité.

Je fus moi-même, trop longtemps, dans un jugement sévère vis-à-vis des Harkis. Je commençai à réviser mon jugement, qui se voulait définitif, quand je fus mis en face de fils de Harkis qui souffraient de mon jugement.

Je réfléchis, enfin, évoluai, et finis par comprendre que je m’étais trompé, qu’ils avaient trop souffert par mise à l’écart en France.

De plus vint ma réflexion sur les situations faites par la France à ses immigrés par une urbanisation de séparation de classes dans des banlieues.

Je pense depuis une vingtaine d’années que le vers fut mis dans le fruit dès les années 50 et 60 durant la guerre d’Algérie et, d’une manière concomitante, par l’appel qu’on fit à ces Algériens de venir reconstruire notre territoire français.

Combien de dizaines d’années il fallut pour que la France fit face à ses fautes du passé ? Ce n’est qu’en vidant cet abcès qui a gangréné toute notre vision des Maghrébins qu’on pourra progresser. J’espère qu’il n’est pas trop tard, les enfants sont Français à part entière, il faudrait qu’on réalise la réalité des faits.

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