Le Yunnan debut du XXe, par Lucien Bodard

Je commence ici une serie d’articles sortis tout chaud du livre de Lucien Bodard sur sa vie « Le fils du consul » Grasset 1975. J’avais deja lu ce livre plus jeune, mais le retrouver ici en Thailande a la fin de mon voyage, plus l’actualite chaude au Tibet, lui donne un gout inestimable car remet un peu a leurs places historiques tous les problemes actuels de la Chine, y compris la vision de Mao et de ses millions de morts…On trouve un article sur Lucien Bodard dans Wikipedia avec des erreurs : son pere n’a jamais ete consul a Shanghai a sa naissance mais a Chengdu. Apres il fut consul au Yunnan « le pays au midi des nuages » et au Sse Tchouan.

« Il s’agit d’un plateau tournant le dos au Celeste Empire. D’un plateau tres haut accroche aux sommets de l’Himalaya et qui descend par paliers, coupes de montagnes rouges, vers les jungles et les deltas du Sud-Est asiatique. (…) Le plateau se termine par un abrupt de mille metres, abrupt entaille de fosses geants creuses pas les grands fleuves du Toit du Monde comme l’Irraouaddi, la Salouen, le Mekong et le Song Koi ou fleuve Rouge. (…)Au debut du siecle le pays etait davantage peuple de tribus primitives, les unes relativement douces, les autres farouchement guerrieres et insoumises, que de vrais Chinois, a peu pres tous regroupes dans les rares plaines. Le nombre des habitants avait ete implaquablement reduit, aux alentours de 1860, par l’imperatrice Tseu-Hi, alors dans tout l’eclat de sa beaute et de sa splendeur, quand elle donna l’ordre de ces massacres. Plus de quinze (15) millions de tues par les armees imperiales. En effet la region etait peuple de Chinois musulmans – purs Chinois quand meme – qu’on appelait les Huis. (…)Un peu plus d’un demi-siecle apres ces evenements (…) la population etait rare, six ou sept milllions de Chinois, une goutte dans la nuee humaine de l’Empire Celeste. (…)Pas plus de 50 000 habitants a Yunnan Fu. (…) Presque partout des sentes-egouts au bord desquelles se distinguent a peine des niches de terre sechee melee de brindilles de paille qui leur donnent de la consistance. Tanieres a hommes, a femmes, a marmailles, presque tous infirmes d’une maniere ou d’une autre.(…)Le Yunnan c’est le pays des legendes, l’eldorado de l’Asie (…) Au printemps, s’etendant a perte de vue, les voiles minuscules des fleurs de pavot. Puis les petales tombent, ne laissant que des capsules gonflees de graines prometteuses de songes, qu’incisent, calmes et sereines, de solides paysannes chinoises en tunique bleue ecrue. C’est la grande contree productrice de l’opiom. Et c’est la grande contree productrice de soldats les plus durs de Chine, les plus rapaces, les plus conquerants. »

a suivre les Seigneurs de la Guerre.___________________________

  1. j’ecris ceci depuis l’Asie ou les cartes de google sont en thai ou en chinois ; de plus Lucien Bodard ecrit les noms chinois avec l’ancienne orthographe, je sais rectifier certains, pas tous…
  2. c’est moi qui souligne
  3. les (…) sont les coupures que je fais du texte d’origine, car Bodard est « le Falstaff de l’ecriture » dit son editeur. C’est vrai et c’est pourquoi je l’aime.