Quand j’ai trouvé ce livre sur une étagère de l’hôtel, je n’en croyais pas mes yeux, je l’ai emprunté aussitôt, il y a 3 jours. Il est paru chez Gallimard en 1964 puis en folio en 1975. Il me semblait l’avoir lu en folio dans les années 60, mais cela semble impossible.On pourrait aussi le nommer « Histoire autour d’un court de tennis », car tout se passe là, dans un immense parc plante d’arbres de toutes origines où trône la grande maison aristocratique qu’habite une famille Italienne qui vit du rapport de ses fermes. Cette famille est Juive ; comme les 90 % d’autres Juifs de la ville, elle appartient au parti fasciste.Le mot fascisme a pour origine les faisceaux qu’organisa Mussolini fin des années 1910. Il est devenu un mot commun, pas toujours employé a bon escient. On le prononce à l’italienne « fachisme » car en italien le i après le c se prononce che, alors que chi se prononce ki.Maintenant je dois replacer ma première lecture dans son contexte. Ma génération ne fut informée de la Choa que tardivement. Silence pendant 15 ans, si bien que quand un ami Juif (mon premier amour, Jacques Abran, que j’espère toujours retrouver un jour), sans rien m’expliquer, fin des années 50, m’emmena voir « Nuits et brouillard », je ne compris rien. Je compris début des années 60 à la parution d’un livre sur Buchenwald. Et pourtant ma belle-famille (un autre mec fut mon mari) était Juive. Elle ne répondit à aucune de mes questions.Il se trouve que j’ai fréquenté beaucoup de Juifs Askenaze jusqu’à environ 40 ans. Les Juifs Askenaze venaient de Russie et de Pologne, chassés par les pogroms. Les Juifs d’Italie étaient Sépharade (tout autre culture), venaient d’Espagne, chasse par Isabelle la catholique fin du XVe siècle après avoir vécu en bonne entente avec les Musulmans et les Chrétiens plusieurs siècles durant.Donc la première fois que je choisis ce livre c’était pour son titre à consonances italiennes, dont ma mère était d’origine. Bien sûr j’ai très vite ressenti le drame qui planait tout au long, car c’est dit dès le début.Cependant, dans les livres d’histoire, même lu récemment (QSJ, le fascisme italien), il est dit que Mussolini protégea les Juifs et qu’ils furent persécutés et emmenés dans les camps en 1943 à l’invasion de l’Italie par les Nazis et à l’instauration de la « République de Salo » (Repubblichini).Dans ce livre, on voit qu’il en fut tout autrement.Des la fin des années 30 Mussolini édicta des lois : interdiction de fréquenter les écoles publiques, interdiction d’employer des gens de maisons aryens, interdiction d’exercer la médecine, etc… donc bien avant le gouvernement de Pétain. Tout au long de ma vie, je voulais me rassurer sur le comportement des Italiens.Et pourtant je sais de longue date que le mot « ghetto » est d’origine vénitienne vers le XVIe siècle. Il se trouve que cette histoire autobiographique se passe à Ferrare, tout proche, dont les habitants n’aiment pas trop Venise à cause de son humidite et de la vieillerie de la ville. Par contre, ils tiennent Milan en haute estime pour sa modernité. Dois-je dire ici mon sentiment pour ces deux villes ? L’une, Milan, est trop européenne, pour moi, l’autre, Venise, compte des Italiens qui ont des manières germaniques… pour moi l’Italie commence à Florence. Il faut dire que la partie Nord de l’Italie fut occuper par les Autrichiens et avant par les Lombards venant de Germanie.Comme un prolongement de l’histoire, mon oncle, mort en 2004 à Milan, travailla comme un des protagonistes, toute sa vie dans la « firma » Montecatini. Et j’appris à cette occasion qu’il retourna en Italie années 20 ou 30 parce qu’en accord avec Mussolini, et, par la même occasion, que son frère aîné devint très riche en collaborant avec les nazis à Reims.Les Finzi-Contini est une famille qui snobe les autres Juifs de la ville, durant la 1ère moitié du livre. Ils choisissent de ne plus occuper le second rang du premier étage de la Synagogue pour aller, seuls, dans une autre de tradition espagnole, laissée à l’abandon, qu’ils font restaurer. Aussi fréquentent leur court de tennis la haute bourgeoisie et/ou l’aristocratie de la ville – non les Juifs – dans laquelle ils sont totalement intégrés.Ils possèdent une Lancia et une voiture à cheval qui fut éclatante dans une autre vie. Ils ont aussi un caveau de famille tout en marbre de tons différents qui, avec le temps, a été envahit par les mousses et les herbes et ne ressemble plus a rien.L’histoire se déroule sur une vingtaine d’années. On a le temps d’assister à la dégradation des relations sociales de la famille, par interdiction raciale. Pendant ce temps, le héros se meurt d’amour pour la fille, Micol, splendide et fine blonde, intelligente. Celle-ci va disparaître avec toute sa famille dans les camps en 43.