Mon livre préféré est « Les misérables » de Victor Hugo, si j’allais dans une île déserte… pas la Bible donc. Et tant que j’y suis tout Victor, enfin pas les poésies, c’est pas mon truc la poésie.
Mon premier livre de chevet fut « l’Oeuvre de Victor Hugo » chez Delagrave éd. 1946. Je n’ose pas vous le montrer. Un de ses intérêts est que les feuilles sont en papier couché mince, si bien qu’en 700 p. je n’ai que peu de volume, du poids et de la souplesse. La couverture comme la table des matières – 4 pages sur fiches – ont été refaites par moi. Je redécouvre mon écriture de l’époque bien plus régulière que celle d’aujourd’hui, les traumatismes de la vie sont à venir…A cette lumière du souvenir revisité, je me dis que celui qui m’a appris la liberté c’est lui finalement, non Sartre, Camus ou Freud que je lus un peu plus tard. Le souvenir vif est sur la lecture toujours refaite sans me lasser de Ruy Blas. L’intrigue est des plus choquante pour une fille des années 50, et finalement je me dis que je comprends pourquoi Lady Chatterley ne m’a pas choqué et même me laissa sur ma faim un peu plus tard. Je cite la présentation :
« d’un laquais […] qui aime la reine d’Espagne et s’en fait aimer […]devient premier ministre et qu’un retour de fortune précipite dans la mort« .
Pour une fille la vie elle-même de Hugo est pleine d’instruction : la perte d’une fille dont il ne se consola jamais, sa position contre la peine de mort, sa révolte contre la misère, son exil pour opposition politique à un régime, exil dont je ne mesurais pas toute la difficulté à l’âge (49/68) qu’il le vécut, pour moi il était toujours jeune, enfin non puisque je vénérais son état de grand-père/patriarche, simplement il fut jeune dans sa tête toute sa vie. Sa vie amoureuse je la découvris bien plus tard, elle ne fait que confirmer cette impression de jeunesse éternelle.L’actualité de Huster jouant Waterloo me fait revenir à Victor Hugo ; consultant ma bibliothèque je trouve : « Choses vues 1849-1869 », « Quatre-vingt-treize », Les Misérables », et me dis qu’il faut que je me plonge dans d’autres « Choses vues » et revois « Les Misérables ». Longtemps je donnais la préférence à « Quatre-vingt-treize » qui avait l’avantage d’appuyer mes engagements politiques. »Les Misérables » je ne le lus que vers 40 ans, puis le relus un peu plus tard. Les différents films tirés de cette oeuvre sont plus ou moins fidèles, je préfère l’interprétation de Harry Baur [1. – Lino Ventura n’est pas mal non plus]. Le chapitre sur lequel je me régalais le plus est « Le dedans du désespoir » où, après 18 ans de bagne pour vol d’un pain, Valjean se retourne sur sa vie, et « Saint-Gervais » où il rechute. Toute l’oeuvre et la montée de Jean Valjean est basée sur ces retours sur soi.Dans « Les Misérables », le livre premier de la deuxième partie [2. – quatre parties dans l’oeuvre ; 3 volumes chez Folio/Gallimard] est Waterloo, il est le prétexte à nous présenter l’infâme Thénardier (Bourvil y fut excellent).Je ne sais, et ne saurai sans doute jamais, si Huster a tiré sa pièce de ce morceau [3. – de 64 p. dans Folio]. Il commence par un flash-back en 1861. Chapitre II – Hougemont – :
Hougemont, ce fut là un lieu funèbre, le commencement de l’obstacle, la première résistance que rencontra à Waterloo ce grand bûcheron de l’Europe qu’on appelait Napoléon ; le premier noeud sous le coup de hache.
Victor Hugo est né en 1802, année de la nomination en Premier consul à vie de Buonaparte [1804 couronnement en Empereur Napoléon 1er]. Et là mes souvenirs sont un peu entachés par le recouvrement que j’en fis un peu plus tard de mon opinion de Napoléon, opinion sur laquelle je suis en cours de révision, presque à mon insu depuis quelques années, opinion qu’il faut que je revois à l’éclairage de mon sentiment de jeunesse, de celle de Victor Hugo, de ce qu’est l’Europe, et de profiter de l’actualité pour l’écrire et donc le fixer.Dans mon souvenir, il me semble qu’il rapprocha sans cesse dans sa vie cette date de naissance [je le fis moi-même longtemps avec ma naissance 8/12/41 et 7/12/41 Pearl Harbour] avec ses positions politiques, pour son infâmie ou sa chance ? j’ai oublié
à suivre…