J’avais promis plusieurs billets sur ce livre et n’ai pas tenu ma promesse. Mon excuse est sa complexité. L’état du livre témoigne de mon feuilletage constant (et pourtant je veille toujours à prendre soin de mes livres). Et l’image choisie pour la couverture où on ne distingue pas bien où sont les corps ou les têtes de chacun des zèbres (Zebra de Victor Vasarely, 1938) rend bien la structure du livre.
Le livre n’est pas conduit chronologiquement. Il prend un thème dans un chapitre où on pense qu’il va le traiter jusqu’au bout, puis non, il va au cours de son exposé faire des digressions qui finalement font le fond de ce thème qui a changé de sujet entre temps.
C’est l’allée retour constant entre deux temps : le passé le présent, à la limite il va nous dire ce qui va intervenir dans le futur pour tout remettre en question. Car il n’arrête pas dans sa vie de changer. Ne pas le prendre, comme c’est souvent de mode, comme un défaut, mais plutôt comme un humain qui progresse par bonds puis revire puis réavance. C’est le parcours d’un homme qui réfléchit, qui est influencé par les événements ou les hommes qu’il croise, puis rectifie ses émotions, qu’il a en quantité, en fonction de ce que sa raison va lui dicter.
J’avais comme projet par exemple de montrer son évolution sur le racisme ou son rapport aux Noirs, j’avais l’ambition de montrer son évolution dans le temps. Mais c’est presque impossible (ou alors ça demanderait une thèse). Il en parle par touche ici, va l’exposer là on pense que c’est le fond de l’histoire, et finalement on le retrouve ailleurs exposé différemment. Au final on comprend qu’il n’a pas « changé » son attitude apprise par éducation dans son enfance un jour en se levant ou en croisant quelqu’un, non il a évolué. Toute évolution comporte des revirements. La question est constante « où est la bonne voie pour moi ?« , je n’ose dire pour le monde, mais c’est pourtant le fond de son questionnement. Quelque chose comme « le rapport au monde et la relation entre les gens c’est quoi le meilleur pour tous ?« . La réponse n’est jamais oui ou non, à droite ou à gauche. La réponse est forcément nuance. Elle va forcément contenir le tout avec tous ses degrés de l’évolution du monde et de soi dans ce monde en mouvement.
Et donc si on lit ce livre d’une traite sans prendre le temps soi-même de réfléchir sur soi et l’évolution du monde, on manque le coche. D’où le temps que j’ai mis.