Mon petit vécu des quartiers : nous les écartons, ils s’écartent

Les éventements récents m’incitent à écrire sur le sujet des « banlieues » ou « quartiers ».

Née à Paris en 1941 je ne connaissais pas le racisme et n’y comprenais rien ou ne le pensais pas réel. À Paris on accueillait le monde entier les bras ouverts. Et même je voyageais dans certains quartiers pour prendre un brin de dépaysement, de langues, d’accents, de couleurs, d’odeurs, de sons, de goûts. Puis je quittais Paris.

Me voilà découvrant la réalité dans les banlieues de Nîmes (Ouest), Montpellier (La Paillade), Marseille (Ouest), Avignon. Il se trouvait qu’au même moment j’étais très proche de l’état de sdf. Surendettement, saisies, interdite bancaire, pas de RMI (1), perte de mes 40 années de cotisations par la Sécu : plus de couverture maladie non plus. C’était fin des années 90.

Pour sauver ma peau je fais les marchés, puis les puces fréquentes dans le Sud. Et je découvre, ahurie, la réalité de ce que j’entends depuis trop longtemps.

Me baladant dans les rues de Nîmes aux côtés d’un Marocain (carte de séjour 10 ans) les regards des passants portés sur moi m’agressent. Quand on s’adresse à eux ils me vouvoient, le tutoient lui. Je leur demande s’ils le connaissent depuis longtemps, pas de réponse, ou plutôt une incompréhension de ma question.

À travers lui je fais connaissance des immeubles du quartier Ouest de Nîmes :

  • immeubles non entretenus
  • cages d’escaliers laissées à l’abandon, les peintures vieillies
  • boites aux lettres cassées jamais réparées ou remplacées
  • les terrains alentours dits « jardins » n’ont jamais reçus aucun entretien, le sol est de terre et non d’herbes, les buissons taillés, mais jamais renouvelés comme il serait nécessaire pour la nature cultivée : c’est déprimant, aucune envie de se poser ou se promener dans ces périmètres dit « de nature ».

On peut rajouter :

  • le quartier est loin de la ville, à l’écart
  • aucun moyen de transport après 20heures : impossibilité pour les jeunes d’aller faire un tour en centre ville (cinémas, promenades, rencontres)
  • C’est donc un ghetto.

J’ai trouvé des éléments identiques à Montpellier, Marseille, Avignon.

Je peux rajouter le comportement des orientations de boulot « conseillées ». Il avait un niveau bac+2. Innocente encore sans doute, j’apprends au fil du temps qu’il lui est proposé uniquement un travail de maçon.

Les assistances sociales l’incitent à faire des formations de maçon. Ses diplômes, son niveau d’instruction les AS n’en n’ont rien à faire, je comprends : il est Marocain.

Les gens qu’il connait, sa famille, amis je les fréquente aussi. Ils sont écartés de la société. Ils s’en écartent aussi.

Et c’est bien ça un ghetto. On finit par ne plus savoir qui a commencé à s’écarter. Ceux de l’extérieur ou ceux de l’intérieur. Les deux sans doute. Mais ceux de l’extérieur s’ils appliquaient les principes de la République française ils tendraient la main, ils repoussent et jugent. Si on veut être respecter le minimum est de respecter l’autre. Lui prendre la main pour lui apprendre les habitudes d’ici, et comprendre lui/elle comment il/elle faisait avant ailleurs…

Si je compare avec la manière dont j’ai été accueilli à Midelt (2) plusieurs mois que la honte soit sur nous Français. Le Maroc je le connais depuis les années 70, mais en touriste c’est très différent de l’état d’hôte, vivant comme eux, chez eux, avec eux.

C’est pourquoi arrivant à Châteauroux, proche d’un quartier similaire, dissuadée par des gens qui portent le nom de gauche d’habiter de ce côté là, la première chose que j’ai faite c’est d’y aller voir de près pour m’occuper au mieux de ce que nous pouvions échanger.

Je retrouve là ce que j’ai connu dans mon enfance, ce que fut la France années 40,50, 60, 70 : l’entraide, la fraternité, l’humanité. Et quel pied je prends là.

Lire aussi l’article de Mediapart.

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(1) refusé par une Assistance Sociale

(2) ville du sud-est Maroc, sans touristes encore à l’époque

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