C’est compliqué l’affaire Montand

Voilà je regarde le documentaire souvenir sur Montand par Rotman. C’est bon.

Je suis fâchée avec Montand depuis « vive la crise » , mais déjà avant. Il y avait eu l’affaire Marilyn. On se doutait bien que si Signoret s’alcoolisait ce n’était pas que par vice. Beaucoup de pudeur fut mis sur elle. Elle, je l’admirais, l’estimais, j’attendais toujours avec impatience ses pieds dans le plat pour une chaude affaire à défendre chez Pivot ou ailleurs.

Pour Montand c’était différent pour moi. D’abord il avait « séduit » ma soeur, « il était à elle », pas à moi. Je me l’appropriais davantage dans Z ou L’aveu, puis tous les Sautet pas si légers qu’ils en prenaient l’air. Mais en même temps, derrière tout ça le problème qui nous déchirait tous : le communisme.

Le regardant là, je me remets en tête ses chansons que j’avais chassé de ma mémoire. J’apprends qu’il travaillait avec acharnement, qu’il manquait de confiance en lui, qu’il se demandait l’impossible. Donc de l’estime pour son travail, pour sa qualité de chanteur, une très belle voix, un corps travaillé sans cesse pour garder cette souplesse particulière qui lui permettait de jouer sur scène chacune de ses chansons.

Dans Télérama les commentateurs l’insultent. Je l’ai pensé longtemps. Là je ne sais plus. Finalement je ne sais plus rien de l’homme. Les temps sont compliqués. Les socialistes au pouvoir ont ouvert la porte au libéralisme en ce temps-là, et nous avons à remonter cette pente maintenant. C’était le temps de la liberté, confondu avec libéralisme.

Faut-il demander aux gens d’être parfait, de ne se tromper jamais. Qu’ils ne soient que fidèles à une seule femme toute leur vie parce que, nous, on l’aime ? Sans doute sont-ils comme nous, faisant des tas de fautes.

Nous les jugeons à l’Histoire du jour. Rares sont les Gide qui écrivent « retour d’URSS » années 30, que personne ne prit au sérieux. Il est de mise de donner tord à Sartre et raison à Camus qui a préféré ne jamais s’engager, alors que Sartre, pour lequel je penchais toujours, s’engagea publiquement « du bon côté » (1). C’est plus facile de rester à l’écart, on prend moins de risque.

Sommes nous parfaits pour mettre sur eux une exigence infinie ? Pourquoi demander à des artistes d’être aussi des humains parfaits ? Déjà s’ils sont bons dans leur matière nous en avons du plaisir et finalement ils remplissent leur tâche ainsi. Bien sûr je n’apprécie pas des Sardou parce que les paroles de leurs chansons me sont sans intérêt voire insupportables. Mais j’apprécie des Aznavour parce qu’ils sont excellents, mais je n’en n’attends pas tant que des Montand.

Ainsi je juge ceux que je désigne comme me devoir tout et en exige la perfection.

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(1) pour la désertion durant la guerre d’Algérie, et prit toujours parti, on lui reprocha assez, en faveur du PC, sachant ce qui se passait dans la réalité.

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