Quand le Français est le bougnoule du Luxembourgeois

Dans le cadre de cahier de doléances collectées depuis 2010 par le collectif Luce Faber dont deux sont publiées sur Mediapart, j’ai tiré du chapeau l’une que je trouve très à propos face au racisme.

Français on n’a aucune idée de ce qu’est le racisme ressenti par ceux à qui on le destine puisque nous sommes sûrs que le seul qui pourrait nous être opposé est en tant que Blanc profiteur des autres comme en Afrique à la place de colon par exemple.

Cette fois il s’agit d’un témoignage d’un Français qui reçoit le racisme en tant que bougnoule vu par plus riche qui a besoin de son travail de Français qui émigre vers le Luxembourg. Le contexte n’est pas expliqué mais il est simple : si on est informé du chômage de Lorraine (ou du Nord de la France) du aux fermetures des usines qui se sont échelonnées tout au long des années depuis trente ans on se doute que quand ces Français savent qu’ils peuvent avoir du boulot juste de l’autre côté de la frontière ils ne s’en privent évidemment pas.

Ils se retrouvent donc, sans avoir de mer à traverser, dans la position du bougnoule qui doit, lui, traverser la Méditerranée à ses risques et périls. Là les Français peuvent revenir chez eux tous les soirs. Il peut nous sembler que c’est plus facile à vivre et on se trompe, voici :

Avant d’arriver ici, j’ai été pompier en région parisienne, puis boucher à Nancy. Maintenant, je suis manœuvre dans la construction. Et depuis près de vingt ans, je passe tous les matins la frontière avec le Luxembourg : quand j’ai commencé en 1991, on était 3 000 à le faire ; aujourd’hui, il y a plus de 70 000 travailleurs frontaliers en Lorraine. Je ne te raconte pas la merde sur la route, c’est comme à la capitale à l’heure de pointe. Il est cinq heures, la frontière s’éveille. Puis au Luxembourg, c’est un vrai massacre pour le travail : il te vire en trois secondes sans te donner d’explications. C’est un pays très riche et très libéral : tu verrais comment ils construisent leurs routes, ils creusent six mètres sous la terre, ils te mettent des couches et des couches, puis sur les trottoirs, ils en sont presque à coller des feuilles d’or tellement ils ont de blé… Ils sont riches, et ils nous écrabouillent, nous, les travailleurs frontaliers : ils disent qu’on est des « profiteurs », des parasites presque, alors que c’est grâce à nous qu’ils sont si bien chez eux. Je les entends parler des Roms en France, mais, là-bas, ils nous traitent comme des « Portos », des « bougnoules ». Les « Luxos », je les soupçonne de ne rien avoir à branler des Roms en France quand je les vois faire avec nous chez eux, quoi ! Est-ce qu’on peut nous reconnaître un poil de dignité, svp ?

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