De quel côté les classes moyennes vont-elles basculer ?

Ce sont elles qui se lèvent autant dans les pays arabes que chez les indignés en Espagne, Etats-Unis. Elles ont l’air les plus révoltées pour agir. Elles sont instruites. Mais elles sont aussi les plus mobiles dans leur choix électoral.

Faisons un petit historique sur la venue au pouvoir d’Hitler : ce sont elles qui ont tout fait basculer. Ma référence est le livre de Daniel Guérin (1), d’où je sors des passages essentiels.

Avec la crise de 1930 commence la troisième station du calvaire des classes moyennes. Elles en subissent plus brutalement les incidences que le prolétariat. (…) petit commerce, petite industrie (…) employés et techniciens voient leurs salaires descendre souvent au-dessous de ceux des ouvriers. On les jette à la rue (…)

(…) En Italie comme en Allemagne, leurs souffrances poussent les classes moyennes à la révolte.(…) du jour où (le « classe moyenne ») s’aperçoit que la crise dont il souffre n’est pas passagère mais qu’elle est la crise de tout le système social, qu’elle ne peut être résolue que par une transformation radicale de ce système, alors il « entre en rage » , alors il est « prêt à se livrer aux mesures les plus extrêmes » .

Son évolution naturelle est d’antipathie vis-à-vis des ouvriers, croyant s’assimiler à la classe bourgeoise à qui elle fait confiance pour avoir les mêmes avantages qu’elle (on l’a vu pour le vote pour Sarkozy, croyant que la baisse des impôts la concernait) ; de nos jours se sont les ouvriers/petits employés qui se croient pouvoir monter comme les bourgeois. Les mouvements sociaux des classes inférieures fait peur à la classe moyenne ; il nous suffit de voir comment Sarkozy en joue allègrement avec les banlieues, faisant comme s’il s’agit de musulmans/arabes, alors qu’il s’agit bien des « classes dangereuses », ceux-ci d’ailleurs eux-mêmes partagés car ils ont fait des études !

Guérin cite Mein Kampf (2), où d’ailleurs on voit bien comment Hitler parle de son propre vécu « le petit fonctionnaire le plus miséreux, le boutiquier le plus endetté continuent à se considérer comme membre d’une classe supérieure au prolétariat, même s’ils gagnent beaucoup moins que la majorité des ouvriers d’industrie » (…) Il ne pardonne pas au socialisme prolétarien de vouloir supprimer les classes, c’est à dire ses illusoires privilèges de classe. (…) il est prêt à écouter ceux qui lui promettent de le sauver de la prolétarisation » .

Ce qu’il confirme

La bourgeoisie capitaliste essaie de dresser les classes moyennes contre le prolétariat organisé. (…) la lutte des classes est incompréhensible pour le petit bourgeois.

Et sa conclusion est extraordinaire nous semble-t-il, et pourtant nous devrions le savoir et y penser chaque jour :

Les classes moyennes se laissent assez facilement forcer la main : elles auraient surmonté toutes leurs répugnances, si la classe ouvrière s’était montrée audacieuse, résolue à transformer radicalement l’ordre social, à trouver une issue, quelle qu’elle fût à leur détresse. Mais, précisément, en Italie, comme en Allemagne, les partis ouvriers n’ont pas su, engager la lutte contre le système existant.

Ceci est d’autant plus vrai, que de nos jours la classe ouvrière elle-même n’a plus d’identité propre, pour un tas de raisons (3).

Nous avons des économistes qui nous expliquent, et nous le savons depuis 2005 en particulier, tels Lordon, Généreux, qu’il faut aller plus loin, tout bousculer, refaire un autre monde, alors que des Hollande ne vont que continuer le boulot, sous une parole qui semblera moins « agressive ».

sur le sujet des classes moyennes : Le meurtre de la classe moyenne, Les classes moyennes plus touchées que les autres par la crise, Enjeu : classe moyenne !, de ce dernier j’extrais : Sur le plan politique cette foule est complètement « disponible » ; elle peut migrer d’un bout à l’autre de l’échiquier et très facilement rejoindre les extrêmes, à gauche comme à droite. A ce titre François Hollande peut avoir des craintes aussi bien que Nicolas Sarkozy. Mais pas plus, n’étant pas d’accord avec sa conclusion, et bien plus (parce qu’elle me fait plus plaisir ?) avec l’analyse et les conclusions de Daniel Guérin.

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(1) Fascisme et grand capital, Italie-Allemagne, Daniel Guérin, Gallimard, 1945, 328 p. L’analyse de Guérin est sur une base marxiste, on voit qu’elle est toujours d’actualité.

(2) je ne sais plus si ce livre est encore interdit en France, il faudrait le lire pour s’en instruire pour le présent et le futur.

(3) dilution par petites unités, caissières, cdd, plus de syndicalisme, peur du chômage, classe ouvrière qui se croie elle-même bourgeoise potentielle.

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