Sarkozy et FN reprennnent la tradition chrétienne du bouc-émissaire

Dans le livre de René Girard Le Bouc Émissaire, paru en livre de poche en 1982 (lu par moi à la même époque), nous trouvons la description d’à quoi sert le bouc émissaire dans notre civilisation occidentale chrétienne (je ne sais si ça « marche » dans d’autres civilisations).

Il suffirait de ne faire que des citations de ce livre (presque prises au hasard) pour nous retrouver dans l’actualité la plus chaude de la politique actuelle du gouvernement concernant les immigrés et le succès du Front National. Je vais donc m’en contenter.

Dans la première il ne s’agit « que » des chrétiens eux-mêmes, persécutés, donc des « bien de chez nous », au début du christianisme.

p. 292-293 Les bruits les plus délirants circulent et même des écrivains distingués y ajoutent foi. (…) On accuse des chrétiens d’infanticide et d’autres crimes contre leur propre famille. Leur vie communautaire intense les fait soupçonner de violer les tabous de l’inceste.

Les immigrés ne sont (pas encore) accusés de tels crimes, par contre ceux de « communautaire » si, auxquels on reproche le bruit, la mal-éducation des ados, les médias y contribuent en ne nous les montrant toujours que dans l’échec jamais dans leurs victoires (ils sont recherchés par les EU ou l’Australie où ils sont vu comme des Français pleins d’envies de réussir et pleins d’avenir).

Dans l’extrait qui suit ils vous -nous- suffit de changer « chrétiens » par « musulmans ».

p. 293-294 Aux yeux de la majorité, les chrétiens constituent une minorité inquiétante. Ils sont richement pourvus en signes de sélections victimaire. Ils appartiennent surtout aux classes inférieures. Les femmes et les enfants sont nombreux.

Dans le suivant nous pouvons rapprocher le fait du chômage réel et la trouvaille de qui en est la faute : les bronzés. Curieusement personne ne pense à qui embauche ? et à quel tarif de l’heure ? ni surtout que les employeurs importent et ne déclarent pas les fautifs bronzés, la faute devrait être mise sur eux, mais ils sont moins visibles, on ne les voit (1) pas aller chercher leurs victimes dans l’Atlas, on ne voit aux infos que les victimes dans des barques.

p. 15 J’appelle naïfs les persécuteurs encore assez persuadés de leur bon droit et pas assez méfiants pour maquiller ou censurer les données caractéristiques de leur persécution. Celles-ci apparaissent dans leur texte tantôt sous une forme trompeuse mais indirectement révélatrice. Toutes les données sont fortement stéréotypées et c’est la combinaison de deux types de stéréotypes, les véridiques et les trompeurs, qui nous renseigne sur la nature de ces textes.

Dans l’extrait qui suit il vous -nous- faut remplacer le mot « peste » par « chômage » ou tout autres maux actuels :

p. 24 L’expérience des grandes crises sociales n’est guère affectée par la diversité des causes réelles. Il en résulte une grande uniformité dans les descriptions qui portent sur l’uniformité même. (…il…) voit dans le repli égoïste de l’individu sur lui-même et dans le jeu des représailles qu’il entraine, c’est à dire dans ses conséquences paradoxalement réciproques, l’une des conséquences de la peste. On peut donc parler d’un stéréotype de la crise et il faut y voir, logiquement et chronologiquement, le premier stéréotype de la persécution. (…)

Devant l’éclipse du culturel, les hommes se sentent impuissants ; l’immensité du désastre les déconcerte mais il ne leur vient pas à l’esprit de s’intéresser aux causes naturelles ; l’idée qu’ils pourraient agir sur ses causes en apprenant à mieux connaitre demeure embryonnaire.

Puisque la crise est avant tout celle du social, il existe une forte tendance à l’expliquer par des causes sociales et surtout morales. Ce sont les rapports humains après tout qui se désagrègent et les sujets de ces rapports ne sauraient être complètement étrangers au phénomène. Mais plutôt qu’à se blâmer eux-mêmes, les individus ont tendance à blâmer soit la société dans son ensemble, ce qui ne les engage en rien, soit d’autres individus qui leur paraissent particulièrement nocifs pour les raisons faciles à déceler. Les suspects sont accusés de crimes…

… tout le livre est ainsi, à dépiauter le phénomène du bouc-émissaire, je ne peux vous le citer dans son entier.

C’est donc l’addition de la démission, du dépassement par les faits, de la perte de ce qui lui semble être ses repères quotidiens qu’il croit – faussement – éternels, dont il accuse l’autre ; que ne proteste-t-il activement en s’informer mieux, en manifestant, en faisant des grèves, en se référent à son employeur ou celui du voisin, ses gouvernants (qu’il élit et réélit, passivement, mais après qu’il ne s’étonne pas des résultats), pourquoi se réfugie-t-il dans des cris contre les autres au lieu d’agir lui même en se référent à ceux à qui il pourrait s’allier pour agir sur les vraies causes… certes plus compliquées que de dire « c’est l’euro » plutôt que de s’en prendre à ceux qui décident de la conduite de la politique monétaire en Europe, ou « c’est lui l’étranger » en oubliant de s’en prendre à ceux qui l’embauche et pourquoi… sans compter que celui qu’on appelle étranger est le plus souvent Français.


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(1) Parisot irait-elle dans l’Atlas ? non les « siens » délèguent

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