Je ferai un article spécifique pour parler du dernier livre de Philip Roth – Exit le fantôme, Gallimard, 2009, 326 pages – que j’ai trouvé sur une étagère de Chiang mai (cette qualité là est rare…… sans doute que les touristes apprécient d’autres sortes de lecture, en fait comme la majorité des Français). Il se trouve que Philip Roth ne tient pas en grande estime ceux que je décrivais ici comme « psychorigide ». Il n’emploie pas ce terme, mais il décrit bien mieux que moi ce qu’il en est. C’est Philip Roth. Il s’agit d’un homme de 72 ans qui se fait ces réflexions face à un autre d’environ 30 ans (Kliman) :
(…) c’est moi qui était curieux, curieux de voir jusqu’à quel point il allait se montrer têtu et sûr de son fait. Sans aller jusqu’à prendre des accents directement belliqueux, le ton conquérant de sa voix montrait qu’il était prêt à livrer bataille. Je retrouvais là, de façon inattendue, quelque chose de moi à peu près au même âge, comme si Kliman avait imité (ou, ce qui semblait maintenant approprié, parodié exprès) la manière que j’avais de foncer bille en tête à l’époque de mes débuts. Tout y était : la sévérité brutale du jeune mâle plein de sève, l’absence totale de doute quant à la justesse de son propos, l’aveuglement né de la présomption et la certitude vertueuse de savoir reconnaître l’essentiel. (…). Face à un obstacle, la réaction immédiate de vouloir le réduire en miettes. Ce sont ces jours pleins de bravoure et de panache où vous n’avez peur de rien et où vous ne pouvez qu’avoir raison. Et c’est vous, et vous seul, qui avez raison.Le jeunot invulnérable qui se croit un homme et qui brûle de jouer un rôle important. Eh bien, qu’il le joue. Il verra bien. (…)
Peut-être que l’âge du narrateur et le mien étant proche nous ressentons les mêmes choses.Je rajouterais qu’il ne s’agit pas forcément de jeunes loups, mais aussi de vieux loups de 60 ans (des hommes croient encore à leur supériorité de mâle sur nous les femmes…) qui s’y croient encore sans doute, n’ont jamais mûris, sans dignité de se remettre encore et encore dans des situations d’affrontement avec un/e tiers où ils se font ramasser, ils n’ont pas le sens du ridicule se retrouvant toujours et encore à 60 ans….Je me souviens aussi dans une gare au Maroc (en 2000, j’avais 58 ans) en compagnie de deux hommes d’environ 30 ans, l’un pratiquant un peu côté islamisme… alors que je regardais les heures de départ et d’arrivée des trains sur un panneau qui se rafraissait sans cesse, il se mit à vouloir m’expliquer le fonctionnement du panneau et comment je devais m’y prendre pour le comprendre… pauvre homme…Un autre jour, libraire, un autre bien de chez nous (ce n’est donc pas propre à l’Islam) qui sortait d’une exposition où parait-il il était démontré scientifiquement que les femmes étaient moins intelligentes que les hommes à cause de leur cerveau plus léger : sans doute que lui-même n’avait rien compris à l’exposition.Mais ce n’est pas qu’un comportement propre aux hommes. Voilà bien longtemps que je vis des situations semblables à toutes occasions. Récemment dans ma boutique une femme plus toute jeune qui savait…parce qu’elle avait voyagé « partout dans le monde, que cela n’était pas cela parce qu’elle ne l’avait jamais vu nul part« … ah, les touristes qui ne voient rien … sont 90 %, ils courent partout, ne se posent jamais, juste là pour regarder autour d’eux ces autres façons d’être et de vivre qui font la richesse de l’humanité, ils consomment du monument et du paysage.Et après ils vous expliquent tout, tout, tout, sur les pays. Curieux la plupart du temps je suis sur le mode interrogatif quand ils sont, eux, sur le mode affirmatif.Plus jeune j’étais intimité par leur arrogance je n’osais prendre un avis contraire pensant que c’était moi qui avait tord… et c’est ça qui change avec l’âge… la vie m’a appris d’abord sur moi-même.