Exit le fantôme de Philip Roth

Pourquoi finalement ai-je lu si peu de livre de cet auteur ? sans doute que je n’en trouve pas à la bibliothèque où que j’oublie d’en acheter. Je me suis promise de réparer cette erreur en rentrant en France. Il faut dire que le premier livre dont j’avais entendu parlé de lui – Portnoy et son complexe – était par un homme de 30 ans assez imbu de sa personne qui ne jurait que par ce livre. J’étais libraire, c’était années 70. Je le voyais peu venir et il me prenait de haut… je n’ai jamais su pourquoi… enfin si : je n’avais pas lu « Portnoy et son complexe ». Quand je connus le sujet de ce livre (la sexualité masculine et son obsession) je n’étais pas enthousiasmée, j’ai lu, vers cette époque « Lui et moi » de Moravia sur le même sujet qui était mené drôlatiquement, « lui » étant son sexe. Un m’avait suffi… bien que pas ennuyé.Puis le hasard me fit lire – enfin – quelques livres de Roth qui me tombèrent sous la main (dont « Pastorale américaine »). A chaque fois, comme cette dernière je suis surprise de la justesse de ton, d’une sensibilité qui me percute tout de suite. Il ferait partie de ces hommes – rares – qui sont sensibles et n’en n’ont pas honte et même plutôt la cultive. Que j’aime ces hommes-là.Ici il s’agit d’un homme de 72 ans qui a fui New York depuis une dizaine d’années pour se réfugier dans des collines sauvages à 200 kilomètres au nord. Il est écrivain – oui c’est un double de l’auteur, mais on ne sait jusqu’à quel point – et a passé toutes ces années à son art, l’écriture. Plus aucun contact avec les médias qu’il fuit pour leur détournement de ses actes, pensées et dires. Le voilà qui y revient pour un examen médical. Son départ a été en quelque sorte une réaction de protection après un cancer de la prostate qui l’a rendu impuissant.Le voilà qui tombe amoureux platoniquement d’une jeune femme de 30 ans, belle et pas sotte. Il en est comme hypnotisé, il boit ses paroles, admire ses cheveux, son corps deviné sous les pans d’un pull vague. Mais le principal est à l’observation du changement ou non des moeurs et idées de New York, de son adhérence à celles-ci, du contentement d’y avoir échapper sans même s’en rendre compte finalement si longtemps.Il a comme une organisation soudaine d’y rester… puis… je ne vous dirai pas la fin.L’histoire n’est finalement qu’un prétexte à exprimer son dégoût-attirance pour cette société d’intellectuels démocrates spécifiques à New York (Obama, dont il ne fait aucune mention, est originaire de Boston, d’un milieu très proche, c’est pourquoi sa campagne fit tellement peur aux Républicains de l’Amérique profonde), bouleversé par le 11 septembre 2001 ; on assiste à la réélection de Bush qui provoque des pleurs et des cris jusque dans les rues de NY.L’important dans ce livre sont les émotions contradictoires du narrateur, ses interrogations intérieures qui l’emmènent d’un côté puis d’un autre avec autant de bonne foi et d’impatience, l’écriture fluide nous emmène dans ces vire-voltages avec sympathie.Si vous voulez en lire un extrait, lisez ce billet… (Exit le fantôme, Philip Roth, Gallimard, Du monde entier, 2009, 326 p., traduction de Marie-Claire Pasquier)

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