
Reprenant le livre de Pierre Mendès France, La vérité guidait leurs pas (Nrf, 1976), pour retrouver ses références et ses appréciations de divers hommes politiques de France et d’ailleurs depuis le XIXè, j’ai ouvert le chapitre consacré à Léon Blum. Je vais ici extraire quelques passages consacrés au procès (Cour de Riom) qu’il dut subir. Rappel du contexte : le Maréchal Pétain institua une cour de Justice en juillet 1940 qui avait pour mission de condamner les fauteurs de guerre, et en particulier entre les années 1936 à 1940 dans une volonté de punir les adeptes de démocratie de la 3ème République. En fait il s’agissait bien évidemment de mettre le Front Populaire en accusation.
Avant que le procès ne fût escamoté (1) (au profit d’une sanction plus arbitraire encore et qui devait aboutir à livrer les condamnés à l’ennemi), l’accusation s’était attachée surtout à mettre en cause la politique sociale de Léon Blum; la semaine de quarante heures, les congés payés, les grèves qui n’avaient pas été réprimées pas la violence, voilà ce qui aurait affaibli le pays, voilà ce qui méritait l’expiation. Léon Blum répondait point par point, montrant que le mouvement de grèves avait précédé de beaucoup la formation de son gouvernement, qu’il résultait d’un besoin profond et légitime d’amélioration sociale (plus vif encore après les cruautés de la grande crise des années 1930), que la production n’avait pas souffert des nouvelles lois sociales, que, bien loin de nuire à la force d’un pays, la justice, la dignité et le bien-être y contribuent.Ils sont indispensables à l’unité nationale en démontrant à la classe la plus défavorisée que l’État n’est pas forcément leur ennemi, qu’il peut être mis en mouvement pour elle. Vingt ans après, ce dont la classe ouvrière se souvient, ce n’est pas, me semble-t-il, des augmentations de salaires ou même de la loi de quarante heures; c’est des réformes organiques qui tendaient à son émancipation : conventions collectives, délégués ouvriers, reconnaissance des droits des syndicats, procédure d’arbitrage, etc., qui sortaient, pour la première fois, de la structure libérale et capitaliste et de l’application étroite du vieux Code civil aux relations sociales; pour la première fois, ce n’était plus tout à fait la vieille lutte du pot de terre contre le pot de fer.
(1) il fût renvoyé sine die, faute de preuvesAutrement dit Mendès France adhérant du parti radical n’a aucun rapport idéologique avec notre ministre Jean-Louis Borloo que je n’ai pas entendu approuver les dernières grèves, ni non plus combattre pour une émancipation de la classe populaire. Mendès France était plus spécialisé en matière économique, et il se sépara – à l’amiable – du général de Gaulle en 1946 sur des mesures monétaires qu’il préconisait. Ce fut mon premier exposé en 1ère année de fac en histoire (2), que je ratais lamentablement, non faute d’avoir étudier, mais par une incapacité à faire un exposé oral, perdu par ma timidité de l’époque, qui n’était qu’un énorme complexe d’infériorité.Tout ceci pour dire que je, grâce à un brillant professeur d’histoire (Bouvier), m’étais prise d’estime pour Mendès France. Quelques années plus tard j’ai toujours plaisir à le relire. Il avait aussi comme un train d’avance en matière de colonisation, mais ce sera pour un autre jour…Concernant l’accusation de la cour de Riom, Annie Lacroix-Riz nous a, depuis, appris que les vrais fautifs étaient les banques et les possédants en général qui eurent tout préféré plutôt que le Front Populaire… rien de changé sur terre (le choix de la défaite et Hitler plutôt que le Front populaire)(2) fac de Vincennes, à plus de 30 ans, sans bac, mère célibataire, le soir, travaillant la journée, et militant, j’avais vraiment un emploi du temps d’enfer à l’époque