Pearl Buck, la condition de la femme en Chine, la moitié du ciel

Relisant Pearl Buck [1892-1973, née en Chine, études à Londres, retour en Chine, collabora au journal Asia, professeur à Nankin, Prix Nobel] que j’ai découverte années 1950, j’ai à faire avec les souvenirs de mes réactions de l’époque et j’en suis surprise.Une femme chinoise d’un milieu un peu aisé, milieu lettré [sachant lire un minimum de 3000 signes, suffisant pour lire un journal – le cas de 98 % des Chinois actuels -, à partir de 10 000, un Chinois devient un intellectuel] a les pieds bandés, qu’est-ce ?La mère, la nourrice ou une servante entoure les pieds de la fille de 5/6 ans de bandelettes, au début sans douleur, puis de plus en plus serrés, d’une part pour l’accoutumance à la douleur d’autre part pour freiner au maximum la croissance des pieds. Ces petits pieds étaient sources d’érotisation pour les hommes, plus ils étaient petits plus ils étaient « mignons ». La femme avait mal à ses pieds toute sa vie. Ils pouvaient être chaussés de chaussons petits ouvragés, brodés, perlés.La petitesse des pieds n’étaient pas pour l’enfermement de la femme, bien qu’elle en était la conséquence directe, elle ne pouvait qu’être transporté par porteur, palanquin, pousse-pousse, ce qui ne l’empêchait pas de sortir « faire ses courses » qui n’étaient pas alimentaires mais de choix de tissus, d’objets de décoration, de démarches diverses vers des personnes qui ne se dérangeaient pas tel des commerçants et entremetteurs divers.

Pearl Buck était suffisamment observatrice pour être une source vivante de la structure et du mode de fonctionnement de la société chinoise et de son évolution jusque sous Mao [Le patriote]. Elle connaît autant les paysans pauvres [sans terre] que les familles riches telles que vous avez pu les percevoir dans certains films récents [epouses et concubines] car elle est femme, est moins intéressée par la vie sociale extérieure ou les paysages ou l’Histoire, elle fait oeuvre de sociologue voire d’ethnologue (peut-être que date de la lecture de ses romans mon intérêt vif et à vie de ces sciences ?).Le choix d’une épouse pour un fils est une chose délicate. Selon la classe sociale la recherche ne se fera pas sur les mêmes qualités, ce sera le père pour un paysan, la mère et/ou le père ou une entremetteuse pour une famille riche qui procédera à cette recherche. Un contrat est signé avec la famille ou les « possesseurs » de la fille, toujours échange d’argent ; le jour du mariage le fils découvre sa femme avec qui il va construire sa vie et sa famille.

  • Pour un paysan sans ou avec terre, mais qui cultive lui-même, il faut une femme « aux grands pieds » qui aura l’avantage de pouvoir aider son mari aux champs. Il faut aussi qu’elle ne soit pas jolie pour n’être pas coquette et pour surtout que les maîtres qui l’ont acheté, chez qui elle fut élevée et esclave [le mot esclave ne se perçoit pas de la même manière que chez nous, pas de servage en Chine, c’est la femme de petite condition qui est nommée ainsi, même par son mari] ne lui aient pas tous passés dessus, donc laide elle a plus de chance d’être vierge. La vente d’une fille est courante, elle permet au reste de la famille de survivre en période de famine [Mao n’a pas « inventé » la famine en Chine ; elle a sévi de tout temps, tous les 5 ans environ] . Pour son mariage elle est racheté [le douaire en France] – comme toute fille de quelque condition sociale d’origine.
  • Pour un « riche » la femme doit avoir les pieds bien bandés, les plus petits possible, c’est le premier critère de la beauté en Chine pour une fille, avoir reçu un peu d’éducation, savoir lire, peindre, jouer d’un instrument de musique, et surtout du caractère pour conduire toute la lignée qu’elle va faire naître de ses flancs – de préférence un garçon en premier – et les futures concubines de son mari, qu’elle va le plus souvent choisir elle-même. La première femme n’est jamais répudié pour non naissance d’un fils, mais reléguée sans utilité dans une arrière-cour, souvent elle se pend. Une concubine peut être répudiée par lassitude du maître, mis dans une arrière-cour, ou, on lui trouvera une « situation » à l’extérieure de la famille, souvent entremetteuse, teneuse de maison de thé…dès fois les fils « s’instruisent » avec elle, mais les servantes sont plus simple de contact.
  • La 1ère épouse est consultée pour toute décision importante qui engage l’avenir de la famille, autant dans les familles pauvres voire misérables que dans les familles riches et instruites, un échange se fait presque à égalité entre le mari et son épouse, l’avis de la femme compte, l’homme sait qu’elle aura un point de vue dont il a besoin pour prendre sa décision, parfois l’avis est demandé à la concubine préférée.

Vous l’aurez compris, Mao [1902 édits impériaux interdisent le bandage, 1911 la 1ère République prend des mesures, joint photo d’une femme actuelle aux pieds bandés] a fait sauter toutes ces coutumes 2 fois millénaires, pas sans mal, dont il reste encore des traces, et a nommé les femmes « la moitié du ciel« , expression d’essence très chinoise, imagée, qui parle à tout Chinois et même à un Occidental ; question : nous, femmes Françaises, sommes nous la moitié du ciel de France ? [10. – voir l’article concernant une décision d’un tribunal de grande instance sur la virginité d’une femme]Pour en revenir à ma réaction, c’est que déjà, avant de connaître l’existence du mot féminisme et surtout l’existence d’une telle idée, je l’étais dès mon adolescence, sans le savoir, je le ressens vivement au souvenir de mes réactions à la condition de la femme en Chine avant Mao, telle que je l’ai découverte chez Pearl Buck.