Il est rarement sur les médias, donc peu connu du grand public. Je l’ai connu en tant que sa secrétaire années 70. Il a gardé sa belle voix, il a pris quelques kilos, il a perdu sa belle moustache, il parle, comme tous les avocats pour qui j’ai travaillé, une belle langue, que l’on entend peu ici, qui me donnait un tel plaisir, car les secrétaires travaillaient dictaphone aux oreilles où passait là les plaidoiries, les conclusions, les assignations et tout acte judiciaire. Que j’aimais ça.
Peu de choses à lui reprocher à la place d’employée, juste qu’il voulait que je passe l’aspirateur et lui serve le café ce que je n’ai jamais apprécié, car je déteste faire le ménage – même chez moi – et n’y ai aucun don, ce n’était pas dans mes gênes de femme en naissant, pas plus que servir les autres, sauf quand ils sont mes invités. C’était (l’est-ce encore ?) le machisme de l’époque, et pourtant il était de gauche. Il n’utilisait qu’une grosse moto pour se déplacer, j’ai eu l’occasion de l’apprécier. Question sexualité il fut normal, des plus corrects, ce qu’on ne peut pas mettre au crédit de tous les patrons.
Dans le peu de temps qui lui est attribué il nous donne les différences essentielles, qui nous choquent tellement vu de France, entre la justice française et la justice américaine. Ces différences ce sont celles qui nous excitent tellement dans les thrillers américains, mais dans la réalité nous avons du mal à le « digérer » et nous nous enflammons pour ou contre avec d’autant plus de vivacité selon que les médias montrent ou cachent.
Pas de juge d’instruction. Les avocats font les enquêtes, chacun à charge de la partie adverse. Si bien que quand on est pauvre et non-célèbre on arrive en prison à tous les coups même innocent. Mais en fait ça dépend des états, selon qu’ils aient ou non pris le parti de financer une bonne défense-enquêtrice gratuite pour les pauvres ou non. Je ne connais pas tous les détails de chaque état. Mais nous voyons de temps à autre dans nos médias des gens en tôle depuis une longue période, voire proche de l’exécution ou même déjà mort, tout à coup ressurgir pour découvrir qu’ils sont innocents. Une preuve non trouvée, parce que non recherchée, apparait. Cela nous parait toujours étrange, même choquant ici.
Si bien que je ne peux prendre un parti quelqu’il soit, c’est trop tôt pour moi, et même je suis assez choquée autant par les partis pris d’un côté que de l’autre. Moi je ne sais pas. DSK était-il violent ? je n’en n’ai aucune idée. Qu’il soit un séducteur insupportable certes. Mais une grande différence sépare la séduction de la violence. Je ne crois pas plus a un complot. Je ne peux non plus prendre le parti pour une femme dont je ne sais rien. Est-elle victime ? je n’en n’ai pas la moindre idée. Est-elle affabulatrice ? je ne le sais pas non plus. Je ne peux donc juger qui que ce soit sans une information objective, et pour l’instant je n’en n’ai point entendue. D’où ma paralysie pour écrire ces jours-ci : je n’ai rien à dire.
…surtout que beaucoup d’années de ma vie ont été gâchées par un viol, on oublie pour se préserver, mais il est là, destructeur de tout le corps pendant si longtemps, et quand on peut se souvenir parce qu’on peut le supporter, on se rend compte qu’il a toujours été là et qu’il explique bien des comportements qu’on ne comprenait pas de soi.