Tout a commencé avec Brassens

C’est « Le gorille » qui fut la première. J’avais été envoyé en vacances d’études pour essayer de me faire rattraper une année scolaire perdue. Et j’ai ce souvenir rengaine, moi chantant le refrain à tue tête tout en faisant un lit un matin dans le soleil. Une fille en faisait de même de l’autre bord du lit.

Je me suis aperçue depuis que je n’en comprenais pas les paroles. J’avais autour de 18 ans, c’était ainsi à cette époque.

Et comme ce serait un anniversaire de Brassens, de sa mort ou de sa naissance je l’ignore, on nous le sert à la télévision avec inégalité, hier soir fut l’extase et la redécouverte.

Il fut le premier. Bien sûr avant il y eut Trenet ou Montant, mais il y a eu Brassens. Après, il y eut Le Forestier puis Gainsbourg, mais avant il y a eu Brassens. Il y eut aussi Barbara pour laquelle j’ai gardé tendresse et fidélité, elle m’accompagna dans des solitudes ou des adieux, mais il y eut Brassens.

Je m’aperçus hier soir qu’il m’avait structuré dans mes mœurs, ma manière de voir ma vie d’Humain et de Femme.

Il était contre le mariage, les sentiments sont trop importants pour ça, je l’ai suivi dans cette morale, pas forcément à mon profit, j’étais femme.

L’Auvergnat il m’a fait y croire pour toujours et j’y crois encore, je l’ai peu rencontré dans ma vie et j’ai cru que c’est ainsi qu’il faut être dans la vie avec l’autre, l’ai appliqué spontanément, pas toujours à bon escient.

Les femmes peuvent s’emmerder en faisant l’amour, mais n’est-ce pas les hommes qui ne prêtent pas attention à elles ?

Il m’a donné la liberté pour toujours, l’impossibilité d’obéir à qui que ce soit, ni de donner des ordres, mais dans une vie ordinaire ça peut avoir des inconvénients.

J’ai su par lui que la fidélité à soi-même est le plus important, peu importe l’effet qu’on fait sur les autres.

Non sensible à la poésie lue sauf Prévert, celle, écoutée, de Brassens m’est naturelle, le vocabulaire en est de tous les jours, les gros mots l’agrémentent et les idées dérangeantes dites par d’autres passent là comme naturelles. Sa musique coule de source et pourtant quand j’en demandais à quelque joueur de guitare il n’y arrivait pas et m’expliquait que c’est très difficile les accords de Brassens, et pourtant ils coulent comme une rivière tranquille et vive à la fois.

Je n’avais pas compris que Jeanne fut son amante, j’ai cru qu’elle n’avait été « que » son amie fidèle, celle qui l’accueillait à chaque besoin de sa vie, j’appris ainsi hier et avant-hier qu’il aima une femme de 30 ans de plus que lui, maintenant on trouverait plus normal l’inverse, quoique la mode y viendrait.

On le dit anarchiste, mais chacun sait qu’il est avant tout un timide rempli de pudeur, qui n’en fait qu’à sa tête puisqu’il avait décidé qu’il ne travaillerait jamais de sa vie… n’y croyez pas, les textes et les musiques il y a travaillé des années durant pour la plupart.

Il était beau, il était fort, après tout son petit défaut sur la langue rajoutait à son charme. Etait-il l’homme parfait ?

Avant sa première à Bobino

Sur la Tunisie je n’avais pas prêté à temps attention à ce reportage photos – tellement beau – de l’évacuation des migrants de Lampedusa en août 2011 à Paris. Allez voir.

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