Passionnée par la Chine depuis les années 50 (1) j’ai acquis Histoire de la Chine, des origines à nos jours de John K. Fairbank et Merle Goldman, éd. Tallandier, 2010 pour la traduction française, 749 p.
Je déguste ce livre. Il est difficile pour nous Occidentaux qui ne voyons que notre culture héritée de l’Égypte puis des Grecs et des Romains, d’essayer de comprendre d’autres manières de penser, d’envisager le pouvoir, la philosophie qui sous-tend notre culture à notre insu. La philosophie structure tous nos actes quotidiens sans que nous en ayons, le plus souvent, conscience. Pour la Chine c’est Confucius, que ce soit contre ou pour, toute la vie tourne autour. On a dit que Mao était confucéen, évidemment qu’il l’était, comme tous les Chinois le sont depuis le 4è siècle avant J-C.
Il est impossible de résumer une histoire qui débuta au Néolithique ; on trouve des traces de cultures du riz sur son territoire depuis 5000 av. J-C, l’âge du bronze y commença -2100.
Et c’est justement du riz dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui, cette culture ayant influencée la démographie de toute la Chine. On sait comment la démographie influence toute la vie sociale, économique et politique d’un territoire.
La technique de la culture du riz
« La culture manuelle du riz requiert une maitrise de plusieurs techniques (…) : le choix de la graine et du modèle de culture, le labourage, l’irrigation et la fertilisation des champs, le désherbage, la récolte, le vannage et le séchage, le stockage, le transport et, enfin la vente du produit.
…considérant les cultures en terrasse qui modèlent le paysage de tant de régions chinoises, un observateur pourrait bien être impressionné par la beauté des contours imposés par l’homme à la nature…
…le riz pouvait fournir plus de calories par unité de terre que toute autre culture.
« …le travail supplémentaire requis par la construction de terrasses au-dessus de celles qui sont déjà existantes, l’effort physique nécessaire pour se hisser jusque-là et préparer le champ qui s’étend sur cette nouvelle terrasse, pour y apporter les plants et les transplanter, pour y ajuster le flux d’irrigation, pour y transporter l’engrais et fertiliser le sol, pour y superviser la croissance des plants et finalement récolter à la main le produit de tout ce travail. … Kang Chao estime que, …, la force de travail investie est de dix à vingt fois supérieure à celle qui est requise dans l’agriculture extensive qui prédomine ailleurs.
… Pour chaque accroissement de son effort, le paysan obtenait de moins en moins de produit.
Considérons maintenant l’évolution sur la démographie
La pression démographique caractéristique de la Chine, dont les causes sont controversée par les économistes, serait responsable du ralentissement de la croissance économique et du non-développement industriel de la Chine.
Le domaine possédé par chaque foyer s’effondra au cours des siècles ; de 80 mu (2) jusqu’au milieu du 8è s. il devint en 1936 de 3,6 mu., auquel il faut rajouter la diminution du rendement individuel (vu plus haut).
Les inventions (3) ne furent pas industrialisées parce que les paysannes (4) produisaient à domicile à un coût plus économique dans leurs ateliers de misère, que dans des usines ou des filatures, des objets artisanaux. Les paysans pour « joindre les deux bouts » commercialisaient leurs produits artisanaux sur les marchés locaux. Cette pratique commença sous les Song (960-1279). Cette pratique leur était forcée pour éviter la famine (qui sévit d’une manière endémique par vagues de 3 à 5 ans durant des centaines d’années en Chine jusqu’aux années 1960).
Les économistes n’ont pas encore trouvés les réponses pour concilier l’appauvrissement et l’accroissement de la population en Chine.
La progression fut : doublement sous les Ming, puis sous les Qing, encore une fois après 1949. La question était comment le niveau de vie pouvait ne pas baisser. La pauvreté induisait le manque de marché et donc aucune raison de produire des produits manufacturés qui ne trouveraient aucun acheteur.
conclusion : y penser dans la baisse du pouvoir d’achat en Europe et dans le monde par la toute puissance de l’actionnariat (ça risque fort de se retourner contre eux).
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(1) par Pearl Buck, prix Nobel
(2) 1 mu = environ 1/6è d’are
(3) avant 1300 : soie, porcelaine, écluse, imprimerie, poudre à canon, soc en acier, roue hydraulique, etc… dont 77 rien que dans le domaine agricole
(4) aux pieds bandés (voir aussi l’article sur Pearl Buck)