Un militant professionnel : La pointe du couteau, Gérard Chaliand

Sans doute le connaissez-vous ? J’avoue n’avoir aucune idée de son audience, car pour moi j’ai commencé à entendre parler de lui dés le début des années 60. A l’époque il figurait comme un héros à mes yeux d’innocence. C’était le temps où je découvrais l’engagement à l’extrême gauche. C’était la guerre d’Algérie qui commençait à s’apaiser. C’était les ex-porteurs de valises que je côtoyais, ma critique sera donc depuis ce point de vue.

Les premières pages ont été un retour sur ma jeunesse, tous ces noms que j’avais presque oublié de gens que je connus au fil des jours, des années. Tous admirables… je m’en sentais écrasée, minuscule à l’époque. La plupart sont devenus les bobos (1). Désillusion. Il me fut donc passionnant de revisiter cette époque. Lui a fait profession de militant à plein temps et à vie, de nomade… des guérillas, des guerres de libération, de décolonisation. Il en a fait une profession de celui qui connait, a vu de près, a enquêté, interviewé, échangé, avec tous les vrais héros des faits historiques qui ont changé la planète, la place de ce que nous dénommions « le tiers-monde » devenu les émergeants.

Au fil de ma lecture je revenais vers sa photo de couverture : j’avais du mal à m’y faire. J’avais le souvenir d’une chevelure drue, légèrement ondulée et noire. Le visage je l’ai totalement oublié. Il a mené une vie de liberté, dans une insécurité financière permanente ; il parle librement de ses amours, des femmes qui ont compté dans sa vie, de ses rencontres… il fut relativement fidèle aux yeux de nos moeurs d’aujourd’hui, mais à ceux d’hier il devait être considéré volage.

Son insécurité permanente peut être considérée comme pour un journaliste pigiste, c’est ce qu’il fut principalement écrivant dans Partisans (2), des livres sur les révolutions, des conférences, appelé pour sa connaissance des terrains (Algérie, Viet Nâm, Palestine, Israël, Amérique du Sud, Mexique, Etats-Unis, Canada, Guinée-Bissau, et d’autres).

Vers la fin de ce premier tome qui s’arrête fin des années 70, je me rappelais des désillusions pour l’Algérie qui tourna mal, du Chili où Allende tomba, des États-Unis se croyant tous les droits, de la Palestine toujours d’actualité mais où le mouvement de résistance ne prit jamais vraiment corps dans la population. Fin des années 70 se bouscula la victoire au Viet Nâm et le génocide au Cambodge (3). Ce qui n’empêche que le monde, un temps, pu paraitre devenir plus démocratique.

Lui, au moins resta cohérent entre ses idéaux (sans idéalisme, sans idoles, sans théorie révolutionnaire) et ce qu’il fit de sa vie. Je n’ai pu m’empêcher de penser qu’une femme n’eut pu avoir une vie semblable durant ces années, mais que cela aussi a changé.

Il cite cette phrase de Nietzsche :

Être indépendant est l'affaire d'un très petit nombre ; c'est le
privilège des forts. Et qui en prend le risque, fussent avec les
meilleures raisons, mais sans y être contraint, prouve sous doute
qu'il n'est pas seulement fort mais téméraire jusqu'à l'extravagance

… elle me touche au coeur. Il fut quelque chose comme ça dans ma vie, mais je suis femme.

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(1) pour ceux que je connaissais à l’époque, d’autres non tel Régis Debray

(2) périodique révolutionnaire édité par Maspero années 70.

(3) dont nous eûmes la vraie information très tardivement, personne n’avait d’information, rien ne traversait les frontières, les intellectuels Cambodgiens furent les premières victimes ; nous étions soulagé que les bombardement US s’arrêtent, que le fantoche Lon Nol placé par les US fut chassé.

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